Déclaration faite le 06 mai 2010 par le sénateur Roméo Dallaire
L'honorable Roméo Antonius Dallaire :
Honorables sénateurs, vous ne serez certainement pas étonnés d'entendre dire que j'aime beaucoup les parades. J'ai regardé avec beaucoup de fierté, hier, nos anciens combattants parader dans mon pays natal, la Hollande. Des milliers de Néerlandais ont fait bon accueil à nos anciens combattants, sachant que ce pourrait bien être la dernière rencontre du genre.
Le défilé de quelque 2 500 jeunes Canadiens vêtus d'une tunique rouge, qui leur avait été fournie par Anciens Combattants Canada, je crois, a tout particulièrement attiré mon attention. Ces Canadiens ont suivi la route que mon père et mon beau-père ont suivie au cours de la Seconde Guerre mondiale et qui en a mené plusieurs au cimetière militaire canadien de Groesbeek.
Mon père et mon beau-père se souviennent tous deux d'avoir perdu des collègues qui sont enterrés à Groesbeek, après avoir été tués au cours de notre dernière incursion en Allemagne, où nous avons perdu un très grand nombre de soldats dans le Hochfeld. Chaque année, lorsque des contingents de soldats et de civils canadiens participent à la marche annuelle de Nijmegen, nous nous arrêtons pour commémorer les sacrifices de Groesbeek.
Ceci me mène à la deuxième dimension de la guerre, et je veux parler de la reconstruction qui doit y faire suite. En 1946, je suis arrivé au Canada, au quai 21, sur un bateau de la Croix-Rouge, jeune bébé de six mois dans les bras de ma mère. On nous a immédiatement mis à bord d'un train de la Croix-Rouge qui nous a menés à Québec où mon père était posté. Nous sommes arrivés en 1946 parce que mon père faisait partie des quelque 40 000 soldats qui étaient restés à l'étranger à la fin de la guerre pour réparer l'équipement que le gouvernement canadien laisserait en Hollande et en Belgique. Il ne s'agissait pas de chars d'assaut et de fusils, mais plutôt de camions, de bulldozers, de véhicules tout terrain, de camions-benne et de ponts, pour aider à reconstruire l'économie. C'était un effort généreux, mais il est évident que c'était moins coûteux que de devoir tout ramener.
Toutefois, mon fils, qui a récemment été en poste au Sierra Leone, où il a vu un pays qui tente de se reconstruire, se demande pourquoi nous avons laissé de côté ce concept qui veut qu'après une guerre, les pays ont besoin d'aide pour se reconstruire et se reconstituer afin de devenir des États-nations qui ne sont pas à la sources de conflits, et pour respecter les principes de la bonne gouvernance, de la primauté du droit, des droits de la personne et de l'égalité des sexes. Pourquoi avons-nous perdu ce sens de la générosité en une période où elle fait si cruellement défaut?