Déclaration faite le 26 mai 2010 par la sénateure Lucie Pépin (retraité)
L'honorable Lucie Pépin :
Honorables sénateurs, le cardinal Marc Ouellet a fait une déclaration contre l'avortement, même pour les victimes de viol. Quatre-vingt-quatorze pour cent des Québécois et des Québécoises n'endossent pas ces propos du primat de l'Église catholique au Canada.
Monseigneur Ouellet a aussi plaidé en faveur d'une réouverture du débat sur l'avortement. C'est un point de vue qui a ses partisans, comme l'a montré la dernière marche pro-vie.
Nous vivons en démocratie. Il est tout à fait normal qu'on ne soit pas d'accord sur tout. Certains sont contre toute forme d'interruption de grossesse, d'autres réclament un statut juridique pour le fœtus. Toutefois, l'opposition des uns à l'avortement ne doit pas entraver le droit des autres d'y recourir.
Comme je fais partie des Canadiennes qui ont participé au mouvement en vue de la légalisation de la contraception et de l'avortement, je suis étonnée par l'intensification des appels pour restreindre l'accès à l'avortement ces derniers temps.
La remise en question du droit à l'interruption de grossesse signifie l'anéantissement de près de 50 années d'efforts collectifs. Nous avons travaillé sans relâche pour que les Canadiennes puissent bénéficier d'un meilleur contrôle sur leur corps. Trop longtemps prises entre l'État et l'Église, les femmes avaient peu d'emprise sur leur fonction de reproduction. Elles devaient faire des enfants et se taire. La contraception était un péché et l'avortement à la fois un délit et un risque.
Pour un grand nombre de Canadiennes, interrompre sa grossesse est un droit qu'elles considèrent comme définitivement acquis. Je crois comprendre qu'elles ne sont pas prêtes, comme par le passé, à mettre leur vie en danger. Interdire l'avortement, c'est créer les conditions favorables à des interruptions de grossesse clandestines, insalubres et dangereuses pour la survie.
Au lieu de chercher à rouvrir ce débat dépassé sur l'accès à l'avortement, nous devrions déployer nos énergies autrement. Malgré la très grande disponibilité des moyens de contraception, le taux de grossesse des adolescentes demeure élevé. L'avortement est souvent utilisé comme méthode de régulation des naissances. Il y a encore de l'éducation à faire, beaucoup d'éducation. Il faut instruire et rendre les gens conscients. Concentrons plutôt nos efforts pour que l'avortement soit la dernière et l'ultime voie à envisager.
Comment faire pour que les femmes aient moins recours à ce geste extrême alors que la contraception est aisément accessible? À mon avis, au lieu de nous disperser et de nous faire peur mutuellement, nous devrions nous mobiliser pour résoudre cette question essentielle et réaliste. Cependant, le droit à l'avortement ne doit pas être touché.