Déclaration faite le 27 mai 2010 par le sénateur William Rompkey (retraité)
L'honorable Bill Rompkey:
Honorables sénateurs, la présente motion vise à restaurer la fierté d'un service national de classe mondiale dont l'histoire et la culture se sont développées au cours de la guerre, mais qui fournit un travail d'une grande efficacité quand vient le temps de restaurer la paix et de répondre à des catastrophes. La présente motion vise à reconnaître une marine moderne qui offre un rendement extraordinaire tant au pays qu'à l'étranger.
Récemment, le NCSM Fredericton est rentré à Halifax à temps pour les célébrations du 4 mai qui marquaient le centenaire de la marine. La frégate avait passé six mois dans la mer d'Oman, le golfe d'Aden et la Corne de l'Afrique, où elle a mené des opérations visant à contrer le piratage et le terrorisme aux côtés de l'Organisation du Traité de l'Atlantique Nord, l'OTAN, et des partenaires de la coalition. C'est là le rôle que remplit de nos jours la Marine canadienne. Elle protège nos côtes, mais elle est également en mesure d'offrir avec fierté des services efficaces dans les eaux du monde entier.
Lorsque Saddam Hussein a envahi le Koweït en 1990, le commodore Ken Summers a dirigé une force opérationnelle envoyée dans le golfe Persique pour faire respecter l'embargo des Nations Unies. Vers le milieu des années 1990, de nouvelles frégates de la classe Halifax ont été en mesure de remplacer les navires de guerre américains. Les Canadiens à l'étranger ont assumé le commandement des flottes de la coalition. Cette année, une frégate de la classe Halifax et un destroyer de la classe Iroquois sont venus en aide aux victimes du tremblement de terre en Haïti.
Les réalisations et les innovations attribuables à la marine de ce pays ont établi la réputation du Canada dans la communauté navale et dans le monde entier. Comme le disait le vice-amiral Dean McFadden, tonne pour tonne, les navires et les équipages canadiens se comparent aux meilleurs du monde entier.
Les origines de la marine remontent à une centaine d'années. Dans les dix premières années du XXe siècle, sir Wilfrid Laurier a décidé de créer la première marine de combat permanente du Dominion. L'usage du qualificatif « royale » a été autorisé par le roi George V en 1911.
Même si la Marine était sous-financée et à court de personnel, des dirigeants comme l'amiral Charles Kingsmill et le commodore Walter Hose ont réussi à constituer la Réserve de volontaires de la Marine royale du Canada, qui recrutait des volontaires de tous les milieux sociaux, et la Réserve de la Marine royale du Canada, qui recrutait parmi les équipages de la marine marchande. C'est cette marine de combat qui nous a représentés six ans plus tard dans la Grande Guerre.
Les Canadiens se sont bien débrouillés dans le conflit naval de cette guerre. Le premier as de l'aviation navale au monde était un Canadien, Redford « Red » Mullock, de Winnipeg. Le Canadien Raymond Collishaw, de Nanaimo, en Colombie-Britannique, a été le plus grand as de l'aviation navale de la Première Guerre mondiale avec ses 60 victoires confirmées. Des 936 aviateurs navals de la Première Guerre mondiale, 53 ont obtenu le statut d'as de l'aviation au combat.
C'est pendant la Seconde Guerre mondiale que la Marine canadienne s'est pleinement développée. Au moment de la déclaration de guerre contre l'Allemagne, en 1939, la Marine royale du Canada, bien que remarquablement efficace, manquait d'argent et de personnel depuis si longtemps qu'elle n'était guère plus qu'une filiale de la Royal Navy. D'énormes efforts d'expansion ont été nécessaires pour permettre à la Marine canadienne de faire face aux menaces ennemies dans l'Atlantique. Au début de la Seconde Guerre mondiale, la Marine canadienne comptait 13 navires et moins de 3 000 marins, mais les chantiers maritimes canadiens ont tourné à plein régime pour construire des navires, et les Canadiens se sont enrôlés avec enthousiasme. Tout au long de la guerre, le Canada a mis en service 434 navires, dont 341 étaient des navires de guerre. De ce nombre, 31 ont été coulés. Presque 400 000 hommes et femmes ont servi dans la marine. Plus de 2 000 d'entre eux ont fait le sacrifice suprême. Le Canada a joué un rôle essentiel dans la bataille de l'Atlantique, cette bataille longue et impitoyable qui, plus que toute autre, a permis la libération de l'Europe.
La marine a pris part à pratiquement tous les types d'opérations sur tous les théâtres de guerre. Les pilotes de l'aéronavale canadienne ont volé avec ceux de la Fleet Air Arm.
La Marine royale du Canada était devenue une importante institution nationale en 1945, et non plus uniquement une filiale de la Royal Navy. Mais elle n'était pas à l'abri de tout. Des compressions ont fait passer le nombre de marins de près de 100 000 à 7 500, et le moral des troupes s'en est ressenti.
Brooke Claxton, alors ministre de la Défense nationale, a ordonné la tenue d'une commission d'enquête en 1949. Le rapport subséquent du contre-amiral Rollo mainguy a reçu le surnom de « Magna Carta » de la Marine canadienne. Signal d'importants changements destinés à « canadianiser » la Marine, il a été rendu public juste au moment où la guerre froide a permis à la Marine royale canadienne d'assumer de nouveaux rôles significatifs. Une menace de guerre apparemment imminente avec l'Union soviétique a permis au Canada d'assurer l'escorte des convois et la lutte anti- sous-marine au sein de l'OTAN. Donc, lorsque la Marine royale canadienne a célébré son 50e anniversaire, en 1960, elle comptait dans ses rangs environ 20 000 hommes et femmes et disposait de plus de 50 navires.
Encore une fois, la marine a été menacée. Après les élections de 1963, le ministre de la Défense nationale, Paul Hellyer, a entrepris de moderniser les capacités de défense du Canada. Au grand dépit de la marine, Hellyer a d'abord réussi l'intégration puis l'unification des forces armées.
La Marine s'est battue pour sa survie et pour son identité, mais elle a perdu la bataille contre les politiciens. Les amiraux qui s'opposaient aux mesures d'Hellyer ont été forcés de prendre une retraite anticipée s'ils n'avaient pas déjà été congédiés. Beaucoup d'autres officiers ont pris des retraites anticipées pour protester et la plupart de ceux qui sont restés l'ont fait pour préserver une Marine qui avait été rebaptisée Commandement maritime.
Pendant des années la confusion a régné au quartier général de la Défense nationale et le moral en a pris un dur coup. Le nouvel uniforme kaki niait la tradition navale, et la nouvelle structure des grades, qui se fondait sur la pratique et la culture de l'armée, avait peu de liens avec les besoins de la marine.
D'autres marines n'ont pas suivi l'exemple du Canada, contrairement à ce qu'avait prédit Hellyer. Pourtant, malgré tout, la marine a surmonté ces revers. Elle a continué de répondre à toutes les exigences du Canada et de l'OTAN. Sa contribution a été remarquée et certaines de ses ambitions se sont réalisées lorsque, en 1985, les marins ont récupéré leur uniforme bleu. Le retour de ce symbole universel d'identité a été accueilli avec beaucoup de joie, car il marquait le début d'une nouvelle ère.
La célébration du centenaire de la Marine suscite un intérêt renouvelé pour les questions liées à la Marine. Dans un récent éditorial, le Globe and Mail plaidait en faveur du retour du nom de Marine royale du Canada, le titre que George V avait approuvé en 1911. La réaction des marins a été révélatrice puisque la grande majorité d'entre eux n'avaient jamais servi dans la Marine royale du Canada. En général, ils rejettent totalement ce qu'ils voient comme un pas en arrière. Ils veulent être vus comme étant tournés vers l'avenir, pas vers le passé.
Ce point de vue avait été prévu par lieutenant-commander Alan Easton, dans son excellent récit 50 North, qui raconte son service dans la marine lors de la Seconde Guerre mondiale. Il rapporte une conversation survenue en temps de guerre avec un officier supérieur de la Marine royale :
Nous avons enchaîné en parlant de tradition. Il déclarait que la tradition de la Marine royale était un héritage dont ils étaient très fiers et qui constituait, en quelque sorte, la structure morale du service. Vous n'en êtes pas très éloigné vous non plus, vous savez. Vous faites partie de l'Empire et la majorité de votre population est britannique.
C'est le cas, ai-je reconnu. Mais, bien que nous ayons appris vos coutumes et que nous nous soyons inspirés de la Marine royale, j'ai l'impression, et je crois que la plupart d'entre nous a l'impression que nous n'avons pas de droit direct à l'égard de vos traditions. Elles ne sont pas nôtres car elles existaient bien avant nous.
Notre tradition, ai-je ajouté, est en train d'être façonnée.
Selon moi, la majorité de ceux et celles qui servent dans la marine et bon nombre de ceux et celles qui ont pris leur retraite partagent ce point de vue. La Marine existe depuis un siècle. Or, depuis près d'un demi-siècle, les membres de la marine ne servent plus dans la Marine royale du Canada. Paul Hellyer l'a fait disparaître d'un coup de baguette. L'unification des services a été vue comme une insulte à l'endroit de ceux qui avaient servi dans la Marine royale du Canada. Le geste arbitraire que fut l'unification des services a donné lieu à la disparition instantanée des symboles et des traditions qu'avaient faits leurs ceux et celles qui avaient servi dans la Marine royale du Canada. Bien sûr, la reprise de l'appellation Marine royale du Canada aurait le même effet sur ceux qui servent dans la marine depuis plus de 42 ans. Qu'en est-il des innovations véritablement canadiennes? De nos jours, les femmes servent et commandent dans la marine; nos navires ont des équipages bilingues; nous avons des marins de diverses origines ethniques et raciales qui représentent bien la diversité unique du Canada. Voilà une partie des traditions qui se perpétuent, des traditions qui appartiennent aux marins canadiens qui n'ont jamais servi dans la Marine royale du Canada, mais qui sont fiers de servir dans la Marine canadienne, comme on l'appelle. Les réalisations de ces marins ne devraient pas être ignorées comme le furent celles des marins qui ont vécu à contrecœur l'unification des services.
Les hommes et les femmes qui servent actuellement dans la marine travaillent de plus en plus étroitement avec la Marine des États- Unis, dont nous partageons le continent. En effet, ils ont de plus en plus d'échanges avec des marins étrangers qui les identifient comme faisant partie de la Marine canadienne. Mis à part les Premières nations et les Inuits, les francophones furent les premiers sur le territoire du Canada. Les francophones ne parlent pas de « Commandement maritime », ils parlent de la marine. Le mot marine a été supprimé officiellement dans les politiques et dans les lois il y a 42 ans, mais il a survécu.
Le vice-amiral Dean McFadden a fait remarquer à quel point l'histoire de la Marine ressemble à celle du développement du Canada. Malgré des origines modestes, tant le Canada que la marine ont tous deux aspiré à apporter une contribution au-delà des rivages du pays. Ils ont tous deux pris exemple sur de remarquables institutions britanniques. Ils ont tous deux atteint leur maturité dans le creuset de la guerre. L'amiral McFadden aurait pu ajouter que, tout comme le Canada, qui est sorti de l'ombre de la Grande- Bretagne pour devenir une nation respectée et compétente à part entière, la Marine canadienne est sortie de l'ombre de la Marine royale pour devenir une marine à part entière connue de par le monde. Elle est devenue une marine qui reflète la diversité, la créativité, la compétence et le multiculturalisme du pays lui-même.
Notre assemblée ne s'appelle pas le Sénat royal du Canada, bien que nous devions beaucoup à nos origines britanniques; elle s'appelle le Sénat du Canada. Nous sommes des Canadiens, dotés de notre propre Constitution et de notre propre identité. Il en va de même pour la Marine canadienne, dotée de ses propres insignes, coutumes, pratiques et histoire.
Le lien avec la souverainne est reconnu par la présentation du drapeau de la reine, qui a eu lieu récemment pour la troisième fois à Halifax. De plus, l'utilisation du titre NCSM est une pratique acceptée parmi les marins d'aujourd'hui.
Le visage du jeune Canada change rapidement. Notre population n'est plus de descendance britannique, ou même européenne. La réserve de talents n'a plus aucun lien avec la désignation royale. À mesure que la population vieillit, la marine et presque toutes les autres industries se livrent à une concurrence féroce. Si la marine n'arrive pas à attirer plus d'Autochtones, plus de francophones, plus d'immigrants anglophones et francophones et plus de minorités visibles, elle mourra à petit feu.
Le Commandement maritime est insipide au point de n'avoir aucune identité, il n'agit en synergie avec aucune autre force navale et n'a aucun caractère propre auquel le public canadien peut s'identifier. Tout le monde connaît la marine. Le moment est venu d'officialiser le nom « Canadian Navy/La Marine Canadienne ». La motion est simple : jetons l'appellation Commandement maritime par-dessus bord et lançons le signal selon lequel la Marine canadienne portera officiellement le nom de Canadian Navy/La Marine Canadienne.