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La pauvreté au Canada, plus grave qu’il n’y paraît

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Publié par le sénateur Art Eggleton le 07 juin 2010

La pauvreté au Canada est plus grave qu’il n’y paraît. Non seulement elle enferme les gens dans un cercle vicieux auquel il est presque impossible d’échapper, mais encore elle a d’importantes incidences sur la santé. Autrement dit, la pauvreté rend les gens malades, très malades. Selon Statistique Canada, la pauvreté réduit l’espérance de vie des Canadiens encore plus que le cancer! Si nous voulons, en tant que Canadiens, tenir une véritable discussion sur la santé dans notre pays, il faut aussi avoir une discussion sur la pauvreté.

Le Comité sénatorial permanent des affaires sociales, que je préside, a pris conscience il y a longtemps du lien entre l’état de santé et la pauvreté. Il examine la question sous un angle ou un autre depuis près de dix ans. Il a présenté d’importants rapports sur la santé mentale et sur le système canadien de soins de santé dans son ensemble, et dans chacun de ces rapports, le lien fondamental entre l’état de santé et la pauvreté était des plus évidents.

C’était particulièrement clair dans un rapport sur la santé des populations, qui a révélé que seulement 25 % des facteurs influant sur notre santé sont liés au système de prestations de soins en tant que tel. Les autres facteurs, soit 75 %, concernent les déterminants de la santé, notamment le revenu, l’occupation, le niveau d’éducation, le logement et le développement de la petite enfance. À cet égard, il suffit d’examiner la situation à Saskatoon où les résidants à faible revenu étaient plus susceptibles d’avoir l’hépatite C dans une proportion de 3 000 %, ou d’être hospitalisés pour le diabète dans une proportion de 1 000 %, que les personnes dans les tranches de revenu moyennes et supérieures.

Le dernier rapport du Comité des affaires sociales, intitulé Pauvreté, logement, itinérance : Les trois fronts de la lutte contre l’exclusion, arrive lui aussi à cette conclusion, mais en plus, il formule de nouvelles observations étonnantes. Des témoins de Statistique Canada ont signalé au comité que l’espérance de vie des hommes et des femmes vivant dans un refuge était de six ans de moins que celle des personnes appartenant au quintile du plus faible revenu, et de 13 ans de moins que celle des personnes appartenant au quintile du revenu le plus élevé.

Compte tenu de l’importance des déterminants sociaux de la santé dans la corrélation entre la santé et la pauvreté, il est recommandé dans le rapport sur la lutte contre l’exclusion que le gouvernement fédéral donne des instructions aux organismes centraux pour qu’ils affectent les ressources nécessaires pour prévenir et contrer les résultats négatifs de la pauvreté. Si la situation est corrigée tôt dans la vie, une foule de problèmes peuvent être évités par la suite.

Ainsi, un enfant qui naît dans la pauvreté risque davantage de mourir en bas âge et, s’il survit, il est probable qu’il aura eu un faible poids à la naissance et qu’il sera plus handicapé que les autres enfants. En grandissant, les enfants pauvres souffriront de malnutrition et auront une santé précaire. Ils manqueront plus de jours d’école que leurs camarades et, lentement mais sûrement, ils accumuleront un retard de plus en plus grand.

On ne peut s’étonner du fait qu’ils auront moins de chance de réussir et risqueront davantage d’abandonner les études. Comme ils seront moins instruits, ils gagneront moins, paieront moins d’impôt, seront des travailleurs moins productifs, éprouveront plus de problèmes de santé et auront davantage recours aux services sociaux, ce qui coûtera plus cher à la société.

Selon une étude ontarienne récente, dirigée par des économistes et des spécialistes des politiques tels que Don Drummond, Judith Maxwell et James Milway, la pauvreté coûterait au Canada une somme faramineuse de 24 à 30 milliards de dollars par année. Le secteur de la santé est particulièrement touché car on estime qu’il lui en coûtera environ 7,6 milliards de dollars de plus pour dispenser les services de santé partout au Canada, bien que ce secteur suffit déjà à peine à répondre aux besoins. Les gouvernements fédéral et provinciaux perdent chaque année entre 8,6 et 13 milliards de dollars de recettes fiscales à cause de la pauvreté, et si la pauvreté chez les enfants était éliminée, il en résulterait à l’échelle nationale entre 3,1 et 3,8 milliards de dollars de recettes fiscales supplémentaires.

Nous ne pouvons nous permettre de laisser des citoyens souffrir de problèmes de santé causés par leur environnement et nous ne pouvons certainement pas assumer les coûts qu’entraîne la pauvreté. C’est simple, nous n’avons plus les moyens d’accepter la pauvreté.

La pauvreté a de nombreuses conséquences, notamment un nombre inacceptable de vies diminuées, de rêves repoussés et de potentiel perdu. Au moins 3,4 millions de Canadiens vivent dans la pauvreté, soit le dixième de notre population, et en subissent les conséquences. Leur vie ne devrait pas être rendue plus difficile à cause de la maladie. La santé des citoyens est une cause que nous devrions tous défendre. Si nous voulons réduire les coûts des soins de santé, nous devons servir cette cause. Alors que des millions de personnes cherchent une solution, il convient peut-être de se demander qui défendra les pauvres.

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