Publié par le sénateur Grant Mitchell le 16 août 2010
Lorsqu’on parle des enjeux économiques liés aux changements climatiques, selon les idées reçues, si souvent embrassées sans hésitation, toute mesure pour contrer les changements climatiques nécessitera une restructuration fondamentale de l’économie, à laquelle elle causera des torts considérables. Cet argument est régulièrement invoqué pour faire peur et pour décourager toute initiative pour combattre les changements climatiques et, malheureusement, cela semble fonctionner.
Mais, il est difficile de comprendre pourquoi les gens semblent accepter cet argument. Notre économie a été restructurée, à la base, pour gagner la Deuxième Guerre mondiale et cela n’a pas ruiné l’économie, même que cela a contribué à la création d’une économie canadienne industrialisée et moderne qui a soutenu l’un des meilleurs niveaux de vie du monde pendant 65 ans. D’ailleurs il a fallu un investissement massif pour lancer la révolution industrielle.
Très souvent, lorsque nous sommes aux prises avec un grave problème environnemental, comme les pluies acides ou l’amincissement de la couche d’ozone, nous entendons des arguments au sujet du coût et nous entendons parler de catastrophe pour finalement régler le problème beaucoup plus rapidement et à moindre coût que prévu. Régler le problème a souvent pour effet de sauver l’économie et des entreprises tout en amenant la création d’autres entreprises. Stewart Elgie, dans un article récemment publié en réponse à un éditorial, et d’autres personnes avancent l’argument irréfutable selon lequel, contrairement à la croyance populaire, l’économie de la Colombie-Britannique n’a pas souffert de sa taxe sur le carbone et des autres mesures sur le climat. Depuis l’instauration de la taxe, l’économie et l’emploi dans cette province ont surpassé les moyennes canadiennes et ce, en dépit des problèmes qu’ont connus le secteur forestier et le secteur de la pêche. Une analyse économique exhaustive commandée récemment pour TD Canada Trust conclut qu’une réduction raisonnable des GES d’ici 2020 ne freinerait pratiquement pas la croissance du PIB au Canada.
Deux arguments économiques n’ont pas été suffisamment compris pour contrer la prédominance de l’argument voulant que des mesures pour contrer les changements climatiques nuiront à l’économie : les répercussions économiques de l’inaction et la possibilité de débouchés économiques formidables.
S’agissant des changements climatiques, en réalité, ne rien faire entraînera des difficultés économiques indescriptibles. J’ai souvent dit que nous verrions une détérioration économique réelle si nous nous obstinons dans la voie actuelle et il n’y a presque pas de limite aux dommages que pourraient causer les changements climatiques.
Au Canada, nous ressentons déjà les répercussions économiques des changements climatiques. Sur les côtes Est et Ouest, le secteur de la pêche est touché par les changements survenus dans le milieu marin, les incendies forestiers alimentés par les arbres tués par le dendroctone du pin, qui prolifèrent par temps chaud, réduisent les ressources forestières; dans les Prairies, la sécheresse et les orages aussi violents que soudains causent des problèmes aux agriculteurs, puis, dans le Nord, les changements observés affectent les économies traditionnelles et l’infrastructure économique. À l’heure où le monde prend de plus en plus au sérieux les changements climatiques, les marchés pour l’énergie canadienne et même d’autres produits d’exportation pourraient être menacés.
On peut voir les effets des changements climatiques partout dans le monde : sécheresse, inondations, tempêtes violentes, montée des eaux côtières et diminution des réserves d’eau causent des ravages économiques en ce moment même. Le déplacement de populations ainsi que les pénuries d’eau et de nourriture attribuables aux événements climatiques et à leurs répercussions déstabiliseront des régions entières et pourraient mener à des guerres qui menaceraient la sécurité mondiale et qui, comme toute guerre, entraîneraient des coûts économiques importants. À mesure que les répercussions du climat seront plus manifestes, les marchés seront davantage menacés en raison de l’incertitude qu’elles créeront.
Ce qui est encourageant, c’est que les mesures pour contrer les changements climatiques recèlent d’énormes possibilités. Non seulement, ces mesures ne nuiront pas à l’économie, mais elles la stimuleront. Je me demande souvent pourquoi un programme de relance qui ne comprend pas de projets environnementaux, comme le plan actuel du gouvernement, est perçu comme pouvant stimuler l’économie tandis que les investissements dans les projets environnementaux ne le sont pas.
L’une des plus importantes possibilités est la création d’emplois environnementaux. Les emplois environnementaux peuvent être particulièrement bons. On les trouve dans des domaines où le savoir, la science et la recherche occupent une grande place. Ce sont souvent des emplois dans le secteur de la fabrication et ils apportent, par leur nature, une certaine diversification dans notre économie traditionnellement basée sur l’énergie fossile. En bref, c’est exactement le type d’emplois qu’il nous faut.
Le potentiel de ce marché et des emplois qu’il génère est immense. Il existe un marché estimé à plus de sept billions de dollars par année pour les produits écologiques. Cela équivaut à la moitié du PIB annuel des États-Unis. La croissance des marchés mondiaux des produits et des services environnementaux a atteint entre 7 et 9 p. 100 de 2000 à 2006. L’investissement dans ce secteur devrait produire une croissance annuelle moyenne de 4,7 à 7,7 p. 100 au cours des dix prochaines années.
Nous devons tirer parti de ces nouveaux marchés ainsi que des emplois et des investissements qu’ils apportent. Le danger est que nous manquions le train. Il est d’une importance capitale que le gouvernement agisse et fasse preuve de leadership afin de créer une certaine stabilité pour les entreprises, de les encourager en adoptant une réglementation à cette fin et de les aider au moyen de mesures incitatives et de recherches. Il est particulièrement important, en ce qui concerne les changements climatiques, que le gouvernement soit déterminé à fixer un prix pour le carbone et à prendre une décision claire sur la façon de le faire. Une politique attentiste signifie que, pendant que le reste du monde récolte les bénéfices et les emplois d’une économie verte, le Canada fait du sur-place sans le leadership qui pourrait le mener à la prochaine révolution industrielle.