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L’honorable lieutenant général Roméo A. Dallaire, O.C., C.M.M., G.O.Q., C.S.M., C.D., L.O.M. (É. U.) (ret.), B.ès S., LL.D. (hon.), D.Sc.Mil (hon.), D.U., Le lieutenant-général (retraité) et sénateur Roméo Dallaire a reçu l'Ordre du Canada en 2002 en reconnaissance de ses efforts au cours de la Mission des Nations Unies pour le Rwanda. Il a été nommé au Sénat le 24 mars 2005.

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Le Canada peut jouer un rôle important dans la crise du Darfour

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Publié par le sénateur Yoine Goldstein (retraité) le 19 juin 2008

Depuis 2003, la crise du Darfour a causé la mort de plus de 300 000 personnes. La violence et l’instabilité chroniques ont entraîné le déplacement de 2,3 millions de personnes dans la région, dont un million d’enfants. Le pillage et les attaques contre des civils sont monnaie courante, et on estime à des milliers le nombre de femmes et de filles qui ont été violées. La plupart de ces souffrances inimaginables sont infligées aux civils du Darfour par leur propre gouvernement ou par ses alliés. Le Canada peut favoriser un changement dans l’intransigeance du gouvernement soudanais grâce à l’utilisation stratégique d’interdictions contractuelles.   

 

Les interdictions contractuelles peuvent prendre plusieurs formes, mais généralement, elles imposent des restrictions aux genres de compagnies qui peuvent soumissionner pour l’obtention de contrats du gouvernement ou l’exploitation des ressources naturelles du Canada, comme les réserves de pétrole. En exigeant des entreprises étrangères désireuses d’investir au Canada qu’elles respectent certaines normes de base en matière de droits de la personne, nous aurions un puissant outil pour les inciter à mettre un terme aux violations des droits de la personne ailleurs dans le monde.

 

Au Soudan par exemple, les sociétés pétrolières étrangères comme la Société nationale pétrolière de la Chine (SNPC) et la Oil and Natural Gas Company of India (ONGC) ont été impliquées dans de graves violations des droits de la personne, notamment le déplacement forcé de la population locale et la répression des manifestations. Le Groupe de travail sur le désinvestissement au Soudan place ces entreprises parmi les pires entreprises contrevenantes au Soudan. De plus, les recettes provenant de leurs activités fournissent au gouvernement soudanais les fonds nécessaires pour attaquer les civils au Darfour et permettent au régime de résister aux pressions économiques exercées par l’étranger. Un ancien ministre soudanais des Finances a déjà estimé que 70 % des recettes pétrolières du gouvernement sont affectées aux dépenses militaires. L’imposition de restrictions sur ces revenus permettrait de réduire considérablement la capacité du gouvernement du Soudan de livrer la guerre à ses propres citoyens.

 

De quelle façon ces restrictions seraient-elles imposées? Le gouvernement du Soudan n’a ni le capital ni le savoir-faire nécessaires pour exploiter pleinement ses propres ressources pétrolières, et il dépend dans une large mesure de l’investissement et du savoir-faire étrangers pour l’exploitation de ses ressources. En 2002, Human Rights Watch a déclaré que les recettes pétrolières représentent jusqu’à 45 % de l’ensemble des revenus du gouvernement du Soudan. En 2003, cette proportion est passée à 57 %. Depuis, le prix du pétrole a augmenté et la production s’est accrue. Il s’ensuit que des entreprises comme la SNPC et l’ONGC sont remarquablement bien placées pour influencer les décisions prises à Khartoum.

 

Le Canada occupe une position idéale pour modifier le comportement de certaines des plus importantes sociétés pétrolières menant des activités au Soudan. En fait, il a une plus grande marge de manœuvre que la plupart des autres pays industrialisés parce qu’il possède une ressource précieuse que ces sociétés recherchent désespérément, à savoir du pétrole. La SNPC a une participation majoritaire dans 11 blocs pétroliers couvrant 258 kilomètres carrés des sables bitumineux de l’Alberta, ainsi qu’une participation dans huit autres blocs pétroliers de l’Alberta et de la Saskatchewan. L’ONGC a exprimé un intérêt marqué pour les sables bitumineux de l’Alberta et envisage actuellement d’y investir environ un milliards de dollars. The Economic Times a signalé que le 20 mai, l’ONGC Videsh, branche d’investissement à l’étranger de l’ONGC, négocie actuellement la prise de contrôle d’une société pétrolière canadienne, dont le nom n’est pas connu pour l’instant, afin de solidifier sa position stratégique dans le marché nord-américain de l’énergie.

Manifestement, tant la SNPC que l’ONGC veulent avoir accès au pétrole canadien. Nous devrions tirer profit de cet intérêt en adoptant un modèle d’interdictions contractuelles obligeant ces sociétés et d’autres entreprises semblables à respecter des normes de base en matière de droits de la personne en ce qui a trait à leurs exploitations à l’étranger si elles veulent avoir accès aux ressources naturelles du Canada. Autrement dit, le privilège de décrocher des contrats avec le Canada et d’exploiter des ressources canadiennes ne devrait pas être accordé aux entreprises qui contribuent à financer un génocide.

 

Il ne s’agit pas d’une idée radicale ni d’un précédent. À la fin de 2007, le président des États-Unis, Georges W. Bush, a signé une loi sur la responsabilité et le désinvestissement au Soudan qui oblige les entreprises qui veulent conclure des contrats avec le gouvernement américain à certifier qu’elles n’aident pas le gouvernement du Soudan à commettre un génocide. La loi a été adoptée à l’unanimité par les deux chambres du Congrès, et plusieurs États américains envisagent le recours aux interdictions contractuelles. Nous devrions suivre leur exemple.

Nos vastes réserves pétrolières nous donnent une marge de manœuvre particulière. Les interdictions contractuelles auraient une incidence favorable à l’étranger et elles seraient vues d’un bon œil par nos alliés et nos amis. Plus important encore, elles démontreraient aux autres pays que les réalités économiques comportent un aspect éthique et que les activités des gouvernements qui ont des principes peuvent changer les choses.

 

Le sénateur Yoine Goldstein est président du Groupe parlementaire multipartite pour la prévention du génocide et d’autres crimes contre l’humanité.

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