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Asia bibi et la loi sur le blasphème

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Publié par le sénateur Céline Hervieux-Payette le 08 août 2011

J'ai besoin de toi ... Voici les mots d'Asia Bibi, une femme dont l'histoire a touché la vie de millions de gens et a remis à l’heure du jour le débat sur la liberté de religion et les droits de l’homme du Pakistan jusqu'à la l'Organisation des Nations Unies.

En tant que pratiquants catholiques, Mme Bibi et sa famille sont minoritaires à Ittan Wali, un village entièrement composé de musulmans. Cette réalité a créé de vives tensions entre elle et les autres femmes de son village.

Le 14 Juin 2009, elle a été accusé de blasphème par sa voisine pour avoir offert un verre d'eau à une femme qui semblait être en détresse. À ce moment, sa voisine a crié que la femme ne devait pas accepter le verre puisque Mme Bibi avait apparemment contaminé l'eau par sa confession religieuse. Pour ce «crime», elle a été sévèrement battue et ensuite emmenée au poste de police où le Mollah du village lui a donné deux choix: se convertir à l'islam ou mourir.

Son procès devant le tribunal régional de Nankana a été court et rapide. Pour le plus grand plaisir des trois mollahs qui étaient présents lors de la prononciation de la sentence, Asia Bibi est devenue la première femme condamnée à la peine de mort pour blasphème depuis le dernier siècle au Pakistan.

Les tensions religieuses ont continué au Pakistan avec l'assassinat du gouverneur musulman du Pendjab Salman Taseer et le ministre des Minorités religieuses Shabaz Bhatti, alors que ces derniers militaient pour modifier loi sur le blasphème au Pakistan. À ce jour, critiquer publiquement la loi sur le blasphème ou prendre la défense de Mme Bibi équivalent à un haut risque de mort. Toute réforme interne du système judiciaire pakistanais est impensable puisque les menaces de violence sont trop sérieuses, ce qui laisse la communauté internationale comme la seule voix capable d'exercer une pression sur la société pakistanaise.

J'ai entendu parler de l'histoire de Mme Bibi pour la première fois lors d'une réunion du Forum interparlementaire des Amériques (FIPA). Une association que j'ai fondée et présidée pendant 5 ans. Notre rôle est de promouvoir et de favoriser la démocratie, les droits humains et la coopération entre tous les États des Amériques.

Lors de cette réunion, l'histoire de Mme Bibi a grandement sensibilisé la Commission des femmes de FIPA, qui elle a décidé de déposer une motion exigeant la libération d'Asia Bibi sur la base des droits de l’homme conformément avec les principes énoncés dans la Déclaration Universelle des droits de l'homme dont le Pakistan est signataire.

Le Conseil des droits de l'homme des Nations Unies a récemment adopté le commentaire 34, lui-même basé sur les recommandations du Centre Européen pour le Droit et la Justice suivantes: «puisque toute restriction à la liberté d'expression constitue une sérieuse entrave des droits de l’homme, il n'est pas compatible avec le Pacte international relatif aux droits civils et politiques (PIDCP) qu’une sérieuse entrave soit incluse des lois traditionnelles, religieuses ou coutumières».

Le cas de Mme Bibi illustre bien les dangers de l'extrémisme religieux et l'intolérance mais aussi la façon dont la communauté internationale peut combattre le terrorisme et l'intolérance en faisant pression sur les pays délinquants en matière de droits de l’homme et de libertés religieuses.

Comme Human Rights Watch fait remarquer, les institutions du Pakistan souffrent d’un manque d'indépendance et leur cadre juridique actuel favorise l'extrémisme religieux plutôt que le respect des droits de l’homme. Si le Pakistan veut devenir une démocratie libre et ouverte il doit immédiatement commencer à réformer son système judiciaire et juridique. Le système judiciaire au Pakistan doit donc s’éloigner des chefs religieux, les militaires et les élites politiques. Par ailleurs, une meilleure formation doit être donnée à toutes les forces de l’ordre pour protéger les libertés religieuses et les droits de l’homme des citoyens plutôt que de les persécuter.

Deuxièmement, le gouvernement pakistanais doit immédiatement abroger la loi sur le blasphème et résister aux extrémistes religieux qui défient constamment les principes des droits de l’homme et de la démocratie en menaçant le Pakistan avec la peur et la répression. Le gouvernement Pakistanais a une obligation envers la communauté internationale en tant que membre de l'Organisation des Nations Unies et une responsabilité envers ces citoyens pour assurer le développement social et économique du Pakistan au 21e siècle.

Troisièmement, le terrorisme, l'extrémisme et la pauvreté peuvent être combattus avec un investissement sérieux et important dans l'éducation au Pakistan. Le taux d'alphabétisation du Pakistan est de 58% et plonge en dessous de 20% dans certaines communautés rurales. L’analphabétisme contribue à une croissance de la discrimination et facilite la propagation de l'extrémisme. Le Pakistan a besoin d'augmenter son contrôle sur médersa et superviser le programme d’enseignement afin d’assurer que son contenu n’aille pas à l’encontre du droit international et des droits de l’homme.

Enfin, les minorités religieuses doivent participer activement dans la société pakistanaise pour qu’ils puissent être reconnus et inclus au sein du gouvernement, la fonction publique, l’économie et la société civile.

Comme la communauté internationale augmente sa pression sur le Pakistan, nous pouvons seulement espérer qu'ils choisiront de s'ouvrir vers l'extérieur plutôt que de se fermer du reste du monde. Le sort du Pakistan en tant que société moderne repose entièrement sur sa capacité à réformer ses institutions et à épargner la vie d'une pauvre fermière sans instruction, nommée Asia Bibi.

Écrit par : L’honorable Céline Hervieux-Payette, c.p.
Sénateur, fondatrice et ancienne présidente de FIPA

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