Publié par la sénatrice Mobina Jaffer le 19 juin 2012
Il y a 40 ans, ma famille et moi-même arrivions au Canada à la recherche d’un refuge après avoir quitté l’Ouganda d’Idi Amin. Nous avions tout perdu. Nous étions effrayés et désemparés et nous avions comme seules possessions les vêtements que nous avions sur le dos. Et pourtant, malgré le fait qu’on venait de nous expulser de force de la seule maison que nous n’ayons jamais connue, nous avons eu une chance inouïe. Le gouvernement du Canada et les Canadiens nous ont accueillis à bras ouverts, ma famille et moi ainsi que des milliers d’autres réfugiés asiatiques de l’Ouganda. Lorsque notre pays nous a rejetés, les Canadiens nous ont accueillis. Je leur en serai à jamais reconnaissante.
J’ai moi-même été une réfugiée et ma plus grande peur est que les Canadiens, malgré leur grande ouverture, ne ferment un jour leurs portes aux réfugiés s’ils estiment qu’il y a des abus dans le système. Je suis donc la première à affirmer qu’il nous faut un système d’immigration et de protection des réfugiés équitable, uniforme et efficace. Je ne crois toutefois pas que le projet de loi C-31, Loi visant à protéger le système d’immigration du Canada, est la solution. Non seulement ce projet de loi va à l’encontre de la Constitution et des obligations internationales du Canada, mais encore il change l’image que projette le Canada.
Le projet de loi a été adopté à la Chambre des communes et le Sénat doit maintenant l’étudier et en débattre. À titre de porte-parole concernant le projet de loi C-31, j’ai eu l’occasion de m’adresser à mes collègues lors de la deuxième lecture du projet de loi plus tôt cette semaine pour faire la lumière sur quelques-unes des nombreuses dispositions controversées et injustes qu’il contient. J’ai pu expliquer quelles seront les incidences du projet de loi sur notre pays ainsi que les menaces qu’il représente pour les valeurs fondamentales du Canada, comme la justice, la compassion et la tolérance.
Par exemple :
- Un vote pour le projet de loi C-31, c’est un vote pour la création d’un système de réfugiés à deux vitesses : un système qui n’offre pas à tous les demandeurs d’asile une audience impartiale où chaque cas est examiné sur les faits et un système où l’on fait des distinctions entre les réfugiés en fonction de leur pays d’origine.
- Un vote pour le projet de loi C-31, c’est un vote pour un système où l’on traite les réfugiés qui ont été victimes de torture, de violence, de persécution et de violence fondée sur le sexe comme des criminels et non comme des victimes.
- Un vote pour le projet de loi C-31, c’est un vote pour une loi qui viole nettement la Charte canadienne des droits et libertés et qui va à directement à l’encontre de certaines obligations internationales du Canada.
- Un vote pour le projet de loi C-31, c’est un vote pour le refus d’offrir aux réfugiés les soins de santé les plus élémentaires, même aux femmes enceintes.
- Enfin, un vote pour du projet de loi C-31, c’est un vote pour la mise en détention pendant au moins six mois d’enfants de 16 ou 17 ans – qui sont venus au Canada à la recherche d’un refuge – dans des centres qui s’apparentent à des prisons.
Ce n’est pas le Canada que je connais. Ce n’est pas le Canada qui, il y a 40 ans, a accueilli ma famille à la recherche d’un refuge. Nous, Canadiens, devons préserver l’équité et l’intégrité de notre système d’immigration. Nous devons toutefois respecter les principes qui nous rendent si fiers d’être Canadiens, soit la tolérance, la compassion et la justice.