Publié par le sénateur Roméo Dallaire le 19 août 2008
En lisant la section éditoriale de jeudi, j’ai été très déçu de constater que mon honorable collègue, le sénateur conservateur Consiglio DiNino, a pris une question de sagesse politique et de droits fondamentaux pour une question de politique partisane (voir l’article : Dallaire's outrage in Khadr case 'selective' – 7 août 2008).
Mon collègue affirme que j’insulte l’intelligence des Canadiens en demandant qu’un ancien enfant-soldat soit traité dans le respect du droit international. En fait, c’est tout le contraire. Je fais confiance aux Canadiens. Je crois qu’ils regarderont au-delà des aspects superficiels du cas d’Omar Khadr et verront que la manière dont il est traité va à l’encontre du droit international et établit un précédent dangereux pour des milliers d’enfants-soldats dans le monde. Le Canada et les États-Unis ont signé le Protocole facultatif concernant la participation des enfants aux conflits armés, qui interdit le recrutement d’enfants par des groupes armés, et prévoit leur réintégration et leur réadaptation, et non pas leur poursuite en justice.
Plutôt que de m’acharner sur les faiblesses personnelles des parents, des frères et des sœurs d’Omar Khadr, j’ai tenté de rappeler aux Canadiens que c’est une question de droits de l’enfant, et non pas de politique. Il est facile d’émettre des réserves à propos de la famille Khadr. Politiquement, il est avantageux de s’en tenir à une réaction viscérale face à leurs croyances très répréhensibles. Dans des cas comme celui-ci, il faut faire preuve d’intelligence, de compassion et d’une volonté véritable de regarder le « tableau d’ensemble », et se rappeler que tous les enfants ont des droits inaliénables, même si leurs familles, ou eux-mêmes, ont commis des actes que nous désapprouvons.
Dans le discours prononcé lorsque j’ai présenté ma motion au Sénat le 27 mai 2008, le sénateur DiNino m’a dit qu’il se préoccupait des droits des enfants-soldats et qu’il comprenait pourquoi je m’intéresse à cet enjeu international urgent. Deux mois plus tard, il affirme que ma position sur le cas d’Omar Khadr est « sélective et pratique » et qu’elle vise à me « faire du capital politique à bon marché ».
Il est triste de constater que mon honorable collègue ne veut pas reconnaître que Guantánamo est le théâtre d’un processus illégal. Je demande au gouvernement de respecter les obligations internationales du Canada et de tenir ses engagements quant à l’enrôlement d’enfants dans les conflits armés, plutôt que de semer la confusion avec des attaques partisanes malavisées.