Publié par la sénatrice Jane Cordy le 12 juillet 2012
Le Programme fédéral de santé intérimaire fournissait une couverture temporaire d’assurance-maladie aux réfugiés, aux personnes protégées et aux demandeurs de statut de réfugié admissibles qui n’étaient pas encore couverts par un régime d’assurance-maladie provincial ou territorial. Or, tout ceci a changé le 30 juin.
Des réformes annoncées par Jason Kenney, ministre de la Citoyenneté, de l’Immigration et du Multiculturalisme, mettent fin à la couverture de soins de santé complémentaires des réfugiés. Sous les nouvelles règles, des médicaments et une immunisation pourront être fournis seulement en cas d’urgence ou de risque pour la santé publique. Tous les autres soins seront refusés.
Ainsi, une personne souffrant d’asthme ne pourra recevoir de médicaments. En situation de crise, elle pourra être admise à l’urgence d’un hôpital mais en ressortira sans médicaments, ce qui occasionnera inévitablement un retour à l’urgence.
Il en irait de même pour les personnes souffrant de diabète, qui ne recevraient pas d’insuline, ou les cardiaques, qui n’auraient pas droit à des médicaments. Comme les soins d’urgence sont parmi les plus chers, les nouvelles mesures se solderont par une augmentation des coûts, qui seront supportés par les provinces et territoires.
Les réfugiés viennent au Canada pour échapper à la violence et à la persécution. Alors que nous devrions leur rendre leur espoir, le gouvernement de Stephen Harper préfère les laisser pour compte. Cette nouvelle politique est typique de ce gouvernement qui s’en prend aux plus vulnérables. Le ministre de l’Immigration croît-il sincèrement que les réfugiés risquent leur vie et dépensent des sommes considérables tout simplement pour se faire offrir des lunettes?
Fait inouï pour un groupe confessionnel, le diocèse anglican, ainsi qu’un groupe de parrainage de réfugiés de Winnipeg, a entamé une poursuite contre le gouvernement fédéral à cause des changement apportés au programme, arguant qu’il s’agit d’une rupture de contrat. Le diocèse et plusieurs signataires d’ententes de parrainage sont des groupes confessionnels liés par contrat au gouvernement fédéral et dont les activités sont organisées en fonction du programme.
Le Conseil canadien pour les réfugiés affirme que ces abolitions de services auront un effet dissuasif sur les parrains potentiels de réfugiés. Les Conservateurs refilent les coûts aux provinces, aux municipalités, aux organisations de santé communautaires, au secteur caritatif, et aux programmes et organisations publiques qui assurent des soins de santé aux personnes non assurées.
Confronté à des manifestations de médecins contre ces changements délétères à la santé des réfugiés, le ministre Kenney a traité ses détracteurs d’ « extrémistes ». Il est déplorable de traiter d’ « extrémistes » des médecins qui se soucient de la santé des réfugiés; or, ce genre de comportement est la nouvelle norme sous ce gouvernement.
En effet, les médecins sont convaincus que ces réductions des services menacent la santé des réfugiés. Les travailleurs de la santé du Canada auraient dû être consultés avant d’apporter tout changement aux soins de santé des réfugiés.
Les réfugiés ne sont pas des individus de seconde classe; ce sont des personnes qui ont fui la guerre civile, des catastrophes ou la persécution. La plupart d’entre eux sont arrivés au Canada démunis : pourquoi les victimiser à nouveau?
Mme Parisa Rezaiefar, ancienne réfugiée devenue médecin, le résume bien : « J’exhorte le ministre Kenney à ne pas dépouiller de leurs rêves les réfugiés, qui sont les citoyens de demain. Le Programme fédéral de santé intérimaire n’est pas une œuvre de charité; c’est un investissement dans l’avenir du Canada. »
C’est tout dire. Non seulement menaçons-nous la santé des personnes qui cherchent asyle au Canada, mais aussi nous salissons notre réputation internationale comme pays de compassion. Respectons notre tradition humanitaire et tournons le dos à l’indifférence au sort des plus démunis.