Publié par la sénatrice Mobina Jaffer le 27 juillet 2012
Vendredi, le monde entier s’accordera une trêve pour célébrer la tenue des Jeux olympiques de 2012 à Londres. Tous les deux ans, 10 000 athlètes représentant plus de 200 pays se rassemblent sous un même drapeau, celui des cinq anneaux symbolisant les cinq continents représentés aux Jeux.
Cet été, des millions de gens des quatre coins du monde se réuniront pour admirer et encourager leurs athlètes à la télévision en espérant les voir monter sur le podium. Mais pour un grand nombre de filles et de jeunes femmes dans les rues de Londres, l’heure ne sera pas aux réjouissances.
Bien que les Jeux olympiques inspirent souvent un sentiment d’unité, de patriotisme et de fierté nationale, ils entraînent aussi une recrudescence de la traite des personnes à des fins sexuelles, étant donné que la demande en travail sexuel grimpe alors en flèche.
Environ 2,5 millions de personnes sont en situation de travail forcé après être tombées aux mains de trafiquants. La majorité des victimes de la traite sont âgées de 18 à 24 ans. En outre, 43 % des victimes sont exploitées sexuellement à des fins commerciales, et 98 % de ces victimes sont des femmes et des filles. En 2006, pour chaque tranche de 800 victimes de la traite, seule une personne a été condamnée. Tous les ans, cette activité illicite génère plus de 12 milliards de dollars.
Selon le Protocole de Palerme des Nations Unies, « traite des personnes » signifie le recrutement, le transport, le transfert, l’hébergement ou l’accueil de personnes, par la menace de recours ou le recours à la force ou à d’autres formes de contrainte, par enlèvement, fraude, tromperie, abus d’autorité ou d’une situation de vulnérabilité, ou par l’offre ou l’acceptation de paiements ou d’avantages pour obtenir le consentement d’une personne ayant autorité sur une autre aux fins d’exploitation.
En 2010, quand le Canada a eu l’honneur d’accueillir les Jeux olympiques d’hiver, j’ai travaillé d’arrache-pied avec diverses organisations pour lutter contre la traite des personnes dans les rues de Vancouver. J’ai aussi félicité le gouvernement britannique des mesures qu’il avait prises pour affronter la question de la traite humaine, en nommant par exemple un commissaire de police chargé exclusivement de lutter contre ce fléau pendant les Jeux de 2012. Malheureusement, malgré toutes les précautions qu’on aura prises, il y aura encore des femmes et des filles qui seront sexuellement exploitées dans les rues de Londres.
Au cours des prochains jours, ne laissons pas la magie des Jeux olympiques nous faire oublier la triste réalité de ces jeunes filles. Que nos cris d’encouragement n’enterrent pas leurs pleurs. Réservons dans nos cœurs une place aux femmes et aux filles qui se font exploiter et dont on bafoue la dignité.