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L Le sénateur James Cowan a considérablement influencé l'éducation et la communauté juridique en Nouvelle-Écosse. Il a été nommé au Sénat le Mars 24, 2005 par le Très honorable Paul Martin.

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Revendiquer une vraie liberté d'expression

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Publié par le sénateur Serge Joyal le 08 octobre 2008

Nous publions le texte intégral lu par Serge Joyal lundi dans le cadre d'un colloque sur la gouvernance culturelle aux Entretiens Jacques-Cartier 


Nous partageons tous ici une conviction, qui est à la base de notre action respective, à savoir celle que l'artiste, l'écrivain, l'auteur, le compositeur, le scénariste et l'interprète doivent pouvoir exercer leur art en toute liberté, sans souci aucun de plaire ou de déplaire au «Prince», à l'abri de l'intimidation ou du commentaire réducteur des pouvoirs publics.

La culture ne vit que lorsqu'elle s'exprime en toute liberté. Peut-être naïvement, nous croyions acquise de haute lutte cette liberté fondamentale d'expression sans laquelle l'oeuvre de culture ne serait qu'un travesti de la pensée.

Nous devrons nous rendre à l'évidence, le «Prince du Jour» se propose de sévir pour limiter, a posteriori, la liberté d'expression des producteurs de films:

- pour réduire la liberté de créer dans les nouveaux champs d'expérimentation;

- pour rabaisser au rang d'une activité marginale l'oeuvre qui en fait ne satisferait pas à ses canons religieux ou ne rentrerait pas dans ses frais, ravalant ainsi l'art au niveau de l'amusement public, voire d'une activité triviale.

Et puis, qui sont-ils tous ces artistes qui se pavanent dans les galas aux frais des payeurs de taxes et qui se permettent de venir cracher dans la soupe préparée à grand renfort de subventions publiques?

Pincez-moi, je rêve! Nous revoilà plongés aux beaux jours de la Grande Noirceur, quand une sorte de tyran sorti directement de la Béotie ravalait l'art au rang des activités des «pelleteux de nuage» et nous encourageait à ne pas avoir «trop d'éducation», parce que c'était trop risqué pour les petites têtes.

L'art de la pensée et de la création, activité humaine noble s'il en est, est ainsi ravalée au rang d'une activité pour marginaux et repoussée aux franges de l'intérêt public.

«Si le public en veut, qu'il paye pour!», nous dit-on. Cet autoritarisme paternaliste qui réduit la geste culturelle à l'aune de la compétition sportive a de quoi dégrader une société qui croyait placer la vie de l'esprit à l'étage noble des préoccupations humaines.

Nous voilà donc en face d'un «Prince» qui soulève la vindicte populaire contre tous ces quémandeurs de subventions en habit de gala et en robe à paillettes, lui le pauvre payeur de taxes, prisonnier des hausses du prix de l'essence à la pompe, et impuissant devant les manoeuvres de la Bourse qui joue avec ses fonds de retraite et l'avenir des familles.

Rarement aura-t-on vu, à la tête d'un pays qui se propose d'enseigner les principes de la démocratie moderne aux pays en émergence, autant de graine de violence morale, et de malignité publique.

Nous découvrons, presque sans vouloir y croire, que c'est une mauvaise blague, une sorte de «Surprise Surprise!» de la vie publique et qu'à la fin du gag, le producteur sortira de derrière le paravent pour nous dire que c'était une «grosse» farce...

Liberté menacée

Mais rendons-nous à l'évidence: cette forme de bêtise est bien incarnée, elle cherche en fait à s'enraciner et il va falloir y faire face si on ne veut pas qu'elle sape les fondements même de notre liberté. Ne rien dire équivaudrait à lui laisser le champ libre pour sévir demain contre Radio-Canada et que sais-je encore. Il y a des situations où il faut relever la tête et marcher droit si l'on ne veut pas finir dans l'abjection de vivre dorénavant à genoux.

Nous avons besoin d'air pour respirer, nous avons besoin que notre théâtre s'exporte, qu'il se mesure à d'autres publics, pour révéler son caractère universel.

Nous avons besoin que notre cinéma porte ses images et son approche originale sur des écrans étrangers pour faire valoir l'innombrable multiplicité du drame humain.

Nous avons besoin que nos danseurs nous projettent dans l'inconnu exploré par l'infini des gestes qui cherchent d'autres voix pour répondre à nos interrogations physiques.

Nous avons besoin d'air, de l'air de la liberté, dans le pays qui se targue d'être «le plus meilleur du monde». Peut-être avions-nous désappris que la liberté se mérite, que la dignité de l'homme, s'il est artiste, se gagne parfois de haute lutte.

Peut-être avions-nous fait trop d'a priori; avions-nous tenu trop pour acquis l'objet des luttes de la génération qui nous a précédés et qui a dû se débattre contre la Grande Noirceur. Celle qui monte les citoyens les uns contre les autres; celle qui ravale la création artistique au rang d'une activité sans valeur, quasi frivole; celle qui s'arroge le droit de poser en censeur des oeuvres tant de leur morale, que de leur utilité réelle; celle enfin qui crée une ambiance de suspicion qu'il faut plaire pour avoir son dû, en fait celle qui rabaisse le geste créateur au niveau de la semelle de celui qui dit oui, ou qui dit non.

Voilà l'État redevenu censeur; voilà l'État arbitre de la morale et du bon goût; voilà l'État qui se substitue à vous et vous impose, même pas subtilement, sa manière de voir, sa manière d'interpréter le monde.

Liberté d'expression

Avez-vous remarqué qui a applaudi à cette façon de gérer l'«espace» public? Les groupes de droite qui carburent à l'évangélisme, les démagogues qui occupent les ondes des radios populaires, les pleutres qui n'osent critiquer le «Prince», mais qui, en fait, n'ont jamais eu pour la culture que la perception primaire que ce qui se vend est ce que le public veut, et si le public en veut, c'est parce que ça se vend... alors payez pour!

Le sommaire de cet atelier faisait appel, et je lis: «L'engagement, la mobilisation et la collaboration entre les différents acteurs du développement culturel... s'avèrent plus que jamais nécessaires»! On ne saurait mieux dire. La ministre de la Culture, Christine St-Pierre, a dénoncé ce néofondamentalisme à relent de morale doctrinaire. Le maire Gérald Tremblay a pris position avec son collègue de Toronto: ils ont tenu la tête droite. Voilà la position d'hommes et de femmes dignes. La bonne gouvernance culturelle commence par la revendication de la liberté d'expression, et du traitement égal de toutes les oeuvres d'art, fussent-elles choquantes, peut-être plus difficiles à comprendre, novatrices, voire provocantes.

En attaquant la liberté du geste créateur, en le menaçant de le priver de l'accès au budget public sans autre raison que celle de satisfaire à une certaine droite religieuse, en se posant en «censeur» de la rectitude, en intimidant ainsi tous ceux qui opèrent dans le domaine public, on fait planer la menace sourde qu'il n'y a qu'une voie tracée, celle définie par la morale du «Prince» qui tient le doigt sur le tiroir caisse de vos impôts et des miens.

Il s'arroge ainsi le privilège de décider de la «Haute» morale comme autrefois de la Haute justice et de faire planer la menace de distribuer, comme «sa» morale ou son bon goût lui semble, le produit du bien commun en insistant pour dire que la culture qui ne lui plaît pas, ne vaut pas le labeur des payeurs de taxes!

Position honteuse

J'ai honte de «ce» Canada, de celui qui se targuait d'être l'un des pays les plus libres du monde et qui donnait des leçons de démocratie aux pays émergents, pour leur faire partager les principes de la «bonne» gouvernance publique.

J'ose espérer que vous partagez la conviction que la censure a posteriori des films, que les coupures aux oeuvres qui ne plaisent pas aux politiciens du jour, que les limites à la liberté d'expression sur les ondes publiques, aux galas, ou sur les autres scènes, sont détestables, indignes d'une société libre, et mal venues de la part du gouvernement d'un pays qui se targue d'être un modèle de démocratie.

J'aurais fait défaut à cette tribune si je n'avais pas exprimé ici ma conviction profonde que la liberté de pensée doit toujours être revendiquée et que sans la liberté d'expression, elle n'a d'autre voie que l'impuissance.

J'ai choisi. Je prends l'autre avenue, celle qui clame haut et fort et qui dénonce cette position comme honteuse, indigne de la vraie liberté, et à laquelle on doit résister de toutes ses forces pour conserver son humanité.


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