Publié par le sénateur Colin Kenny le 15 avril 2009
La dépendance à la drogue mène au vol. Les gangs de rue mènent au vol. Les récessions mènent au vol. Et actuellement le Canada – tout comme la plupart des pays industrialisés – est aux prises avec des problèmes majeurs dans ces trois domaines, à savoir la dépendance à la drogue, les gangs de rue et une récession énorme.
Les statistiques vous diront que les taux de criminalité ont diminué ces dernières années. Mais les statistiques d’hier ne vous diront pas ce qui se passe aujourd’hui. Et les statistiques ne parlent pas non plus des crimes que les victimes n’ont pas signalés parce qu’elles savaient que les policiers ne sont pas assez nombreux pour s’en occuper.
En vérité, les Canadiens doivent s’attendre à être la cible de plus en plus d’entrées par effraction et de vols de tous genres. Ils ne devront pas être surpris non plus de voir augmenter la violence qui accompagne souvent ce genre d’activités. Dans toutes les collectivités du pays, des dépanneurs se font déjà dévaliser – à Ottawa, un dépanneur a été cambriolé plusieurs fois en l’espace de seulement quelques semaines.
Vous vous demandez ce que les gouvernements peuvent faire? Je vous dirai que si je crois aux travailleurs sociaux autant que n’importe lequel libéral, la solution passe également par plus de policiers, surtout s’ils doivent faire en plus beaucoup de travail social comme c’est le cas maintenant dans bien des collectivités. Les mauvais policiers qui canardent les honnêtes gens avec leur Taser et qui vont déposer les ivrognes aux confins de la ville font les manchettes, mais beaucoup de bons policiers ont sauvé aussi la vie à bien des gens de la rue ces dernières années.
Nous avons besoin d’un plus grand nombre de policiers dans les rues, mais nous avons aussi besoin d’un plus grand nombre de policiers dans nos aéroports et nos ports de mer, dans nos postes frontaliers et sur les Grands Lacs. Ce sont tous des secteurs vulnérables qui préoccupent les responsables de la sécurité américaine et canadienne.
J’ai dit que nous avons besoin d’un plus grand nombre de policiers, je n’ai pas dit qu’il faut plus de prisons. Le gouvernement fédéral actuellement en place aime clamer haut et fort qu’il va imposer des peines plus sévères, mais les prisons engendrent plus de crimes qu’elles n’en préviennent. Si nous pouvons tirer une leçon de ce qui s’est passé aux États-Unis, c’est qu’il ne faut pas croire que les prisons empêchent le crime.
Concentrons-nous plutôt sur l’amélioration des services de police. À commencer par la GRC. Les modestes investissements que le gouvernement fédéral aurait l’intention de consentir pour améliorer le service policier ne concernent en rien la GRC; pourtant, le Comité sénatorial de la sécurité nationale et de la défense estime que notre pays a besoin de 5 300 à 6 500 agents de police de la GRC supplémentaires pour rejoindre les 17 000 policiers déjà en uniforme.
Les Canadiens des petites villes et des grandes villes seraient plus en sécurité avec la présence de ces policiers. Ils nous aideraient à renforcer nos relations économiques avec les États-Unis pour nous sortir de la récession en rendant nos frontières plus sécuritaires et en désengorgeant le passage entre les deux pays.
Si vous pensez que la GRC a plus d'agents qu'il n’en faut, voici quelques données qui pourraient vous étonner :
- La garde côtière américaine a 2 200 agents qui patrouillent les Grands Lacs; le mieux que le Canada a pu offrir est un effectif de 14 agents. Les Américains ne cessent de nous demander de faire équipe avec eux pour lutter contre le crime à la frontière, mais la GRC n’a tout simplement pas l’argent qu’il faut pour fournir le personnel nécessaire.
- Les ports du Canada grouillent d’activités criminelles, mais la GRC n’a pas assez d’agents pour pouvoir vraiment faire quelque chose. Le manque flagrant de sécurité rend nos ports vulnérables aux attaques de criminels et de terroristes. Pour que nos ports soient patrouillés convenablement, nous avons besoin de 900 agents de la GRC supplémentaires.
- Le comité a entendu les témoignages voulant que la GRC peut surveiller seulement le tiers des organisations criminelles qu’elle connaît au Canada, en oubliant bien sûr toutes celles qu’elle n’a pas encore découvertes.
- Une étude de 2002 indique que le Canada venait au 19e rang sur 23 pays de l’OCDE pour le nombre de policiers par habitant, soit 186 par 100 000 personnes. L’Australie, une société comparable, possédait 305 policiers par 100 000 personnes.
- Les données de Statistique Canada pour 2008 montrent que le Canada possède maintenant 196 policiers par 100 000 personnes. Fantastique! Malheureusement, les problèmes liés à la drogue, aux gangs de rue, au terrorisme et à la récession ont augmenté encore bien plus.
- Le travail des policiers exige de plus en plus de temps pour diverses raisons. La Charte des droits et libertés est essentielle pour la société canadienne moderne, mais le temps que les policiers doivent consacrer pour s’y conformer fait en sorte qu’il faut maintenant trois policiers pour accomplir le travail que deux policiers avaient l’habitude de faire. Un cambriolage qui demandait une heure d’enquête en 1970 exige maintenant entre cinq et dix heures d’enquête.
Heureusement, les Canadiens ont besoin d’un plus grand nombre de policiers à un moment où les Canadiens se cherchent désespérément un bon travail.
Être policier est un très bon emploi, même si le gouvernement diminue les salaires des agents de la GRC, tout comme ceux du reste de la fonction publique. Diminuer les salaires des policiers n’est pas une idée géniale alors que nous avons besoin que les meilleures personnes possible joignent les rangs de la GRC et que nous voulons raviver la tradition de fierté de l’organisation.
Le Canada a besoin d’un plus grand nombre de bons policiers. Le gouvernement fédéral devrait faire tout en son pouvoir pour les financer, tant pour le bien de notre économie que pour le bien de notre société. Nous avons assez entendu prêcher les vertus des peines de prison plus sévères. Donnez-nous plus de bonnes personnes pour défendre la bonne cause et rendre notre société compatissante.
Colin Kenny est président du Comité sénatorial de la sécurité nationale et de la défense. Courriel : kennyco@sen.parl.gc.ca