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George Furey

L Un éducateur et avocat qui est très engagé dans sa communauté, le sénateur George Furey est l'un des citoyens les plus en vue de Terre-Neuve et du Labrador. Nommé au Sénat par le Très honorable Jean Chrétien, il représente Terre-Neuve-et-Labrador.

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Témoin de la tragédie : Il y 20 ans, à Beijing, j’ai vu des milliers de personnes réclamer la démocratie, mais se la faire refuser violemment

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Publié par le sénateur Jim Munson le 03 juin 2009

Vingt ans se sont écoulés, mais je n’arrive toujours pas à effacer ces terribles images de ma mémoire. Je me doutais bien que le char n’allait pas s’arrêter.

C’était le 3 juin, en début de soirée. Nous étions sur l’avenue Chang’an, tout près de la place Tiananmen. Il y avait foule partout – sur la place et sur l’avenue.

Les gens scandaient « Vive la démocratie! » en mandarin, et ils restaient sur place, croyant le char allait s’arrêter.

Il ne l’a jamais fait.

J’ai vu le corps écrasé d’un manifestant. Un homme d’âge moyen, plus vieux que la plupart des manifestants que l’on associe en général aux événements de la place Tiananmen, qui s’était joint aux étudiants réclamant des changements en Chine. Cet homme ne savait sûrement pas, en se levant ce jour-là, qu’il mourrait le soir même. Mais voilà qu’il était mort.

De nombreuses autres personnes allaient mourir ce soir-là et aux petites heures, le 4 juin. Des centaines d’autres allaient être blessées.

En tant que journaliste, mon premier réflexe aurait dû être de me précipiter sur les lieux avec mon équipe de CTV, mais j’ai tout d’abord pensé à ma famille et à ce qui pourrait m’arriver ce soir-là.

Je me suis rendu sans tarder aux appartements diplomatiques de Jianguomenwai où dormaient mes fils de quatre ans et d’un an et demi.

Le cœur battant, je les ai embrassés. Puis, j’ai filé vers la place Tiananmen.

En Chine, il ne faut jamais se fier aux apparences. Les reportages et les images des 3 et 4 juin ont montré une lutte de pouvoir entre des dizaines de milliers d’étudiants, sur la place Tiananmen, et les autorités gouvernementales. Mais le monde entier n’a rien vu de l’autre lutte de pouvoir qui se jouait en coulisses, dans le Grand Hall du Peuple.

Six semaines plus tôt, le 15 avril, un ancien secrétaire général du Parti communiste sympathique à la cause des étudiants, Hu Yaobang, était décédé. Quelques jours plus tard, des milliers d’étudiants s’étaient réunis sur la place pour pleurer sa mort.

Entre-temps, dans les bureaux du gouvernement de Zhongnanhai, deux hommes politiques se disputaient l’attention du premier dirigeant de la Chine : d’un côté, Zhao Ziyang, secrétaire général du Parti communiste jouissant de la faveur populaire, et de l’autre, Li Peng, premier ministre de la Chine et partisan de la ligne dure. 

Zhao Ziyang, politicien à l’aise autant en vêtements occidentaux que sur un terrain de golf, savait où les réformes politiques et économiques allaient mener la Chine.

Le premier dirigeant, Deng Xiaoping, avait entrouvert la porte de la Chine au monde occidental, et Zhao Ziyang semblait vouloir ouvrir cette porte plus grand encore. Il préconisait une approche plus souple avec les étudiants et prônait le dialogue.

Ces changements avaient fait naître l’espoir. De plus en plus de jeunes commençaient à converger vers la place Tiananmen. À la fin de la semaine, ils étaient 100 000 à occuper la place. Le temps étant beau et chaud, nous y avions emmené notre fils. Nous pouvions vraiment sentir la fierté et l’espoir qui animaient ces gens – il y avait du changement dans l’air.

Nous avions tenté d’expliquer la situation à notre jeune fils, de lui dire pourquoi tous ces gens étaient réunis. Nous lui parlions de démocratie, de droit de vote. Il souriait, n’y comprenant pas grand-chose, plus intéressé à savoir s’il pourrait aussi avoir un bateau.

C’est le premier ministre Li Peng qui a eu le dernier mot. L’humeur et le temps, agréables, sont devenus maussades et orageux. L’optimisme a cédé le pas au pessimisme. L’espoir d’une plus grande liberté est soudainement disparu. 

Lorsque la loi martiale a été décrétée le 20 mai, c’en fut fait du sentiment de liberté que nous avions éprouvé à Beijing et de la possibilité, pour les gens, de s’exprimer sans contrainte. Les journalistes de l’Occident ne pouvaient plus présenter leurs reportages à partir de la télévision centrale de Chine. La censure était réapparue. Nous ne nous sentions plus à l’aise de parcourir les rues pour faire nos reportages. Le courant d’air frais qui avait soufflé sur Beijing n’était plus; l’atmosphère était redevenue suffocante.

Des rumeurs ont commencé à circuler : l’armée se rapprochait et allait réprimer la manifestation. Mais personne ne voulait croire que les chars et la terreur allaient anéantir l’espoir.  

L’ambassade du Canada avait donné l’ordre de partir aux employés non essentiels. Ceux qui restaient faisaient des provisions dans les marchés publics, en prévision de ce qui risquait d’arriver.

J’ai acheté à ma famille des billets d’avion pour Hong Kong.

Dans ses mémoires, transmis clandestinement et publiés récemment en Occident, Zhao Ziyang écrit qu’il a imploré Deng Xiaoping d’assouplir sa position face aux étudiants, mais que les arguments qu’il a invoqués pour défendre les étudiants lui ont vivement déplu.

« J’étais alors très fâché », raconte Zhao. « Je me suis dit que je ne deviendrais pas le secrétaire général qui allait mobiliser l’armée pour qu’elle sévisse contre les étudiants. »

« Le soir du 3 juin, écrit-il, alors que j’étais chez moi, dans ma cour, avec ma famille, j’ai entendu des tirs nourris. Cette tragédie, qui allait bouleverser le monde, n’avait pu être évitée et allait finalement se produire. »

Mon collègue de CTV, Roger Smith, et moi avons été témoins de cette tragédie. Vingt ans plus tard, je n’ai toujours pas trouvé réponse à bon nombre de questions.

Qu’est devenue la jeune femme qui, sur les marches du Grand Hall du Peuple, criait : « Vive la démocratie! »?

Qu’est devenu le censeur de la télévision qui sabrait dans les reportages que nous faisions parvenir au Canada?

Que sont devenus les jeunes soldats qui nous avaient bousculés, Smith et moi, 24 heures avant le massacre?

Que sont devenus les policiers en civil que nous avons dû repousser avec un trépied? Ils doivent aujourd’hui approcher de la cinquantaine. Sont-ils heureux? Quels souvenirs ont-ils conservés de cette journée?

Le vieux couple qui m’avait demandé dans un anglais laborieux, alors que je me dirigeais au pas de course vers la place Tiananmen, de raconter au monde entier ce qui se passait, coule-t-il des jours heureux?

Le général apeuré qui était assis du côté passager dans le véhicule du gouvernement et qui se faisait huer par les citoyens, a-t-il survécu, est-il mort?

Qu’est-il advenu de l’homme qui avait osé défier une colonne de blindés? Cet homme, dont la photo a fait le tour du monde, quel sort a-t-il connu après son arrestation?

Les événements qui se sont déroulés sur la place Tiananmen durant ces semaines de mai et de juin sont passés à l’histoire. Mais trop de questions demeurent. Je me souviens des personnes et des événements dont j’ai été témoin. Je sais ce qui s’est produit sur la place Tiananmen.

J’étais là.

 

Le sénateur Jim Munson travaillait à Beijing, il y a 20 ans, à titre de journaliste pour CTV.


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