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Le Canada devrait bâtir une économie plus verte

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Publié par le sénateur Grant Mitchell le 13 octobre 2009

Augmenter le soutien à la recherche et au développement verts constitue l’un des plus importants investissements que les gouvernements canadiens, et les entreprises canadiennes d’ailleurs, peuvent faire dans ce qui doit être l’économie d’écologisation de l’avenir.

Pour le gouvernement, les coûts à long terme de l’inaction en matière de changement climatique seront beaucoup plus élevés que les coûts d’investissements proactifs faits maintenant. Pensez, par exemple, au financement accru dont auront besoin nos forces armées pour patrouiller dans un Arctique libre de glace ou gérer les menaces posées par la rareté des ressources et les réfugiés de l’environnement; au coût que subira notre système de soins de santé en raison d’un climat plus instable et de la pollution accrue; au soutien des régions agricoles dévastées par la sécheresse; et au prix de nouvelles infrastructures à mesure que nos collectivités seront contraintes de s’adapter à des climats radicalement différents. Un gouvernement responsable sur le plan financier ferait des investissements verts réfléchis et considérables maintenant.

En outre, l’investissement écologique est un moteur de création d’emplois. En Ontario seulement, on estime qu’environ 50 000 emplois seront créés grâce à la Loi de 2009 sur l’énergie verte de la province. En 2008, HSBC a évalué que le « secteur du changement climatique mondial » générait des ventes de 530 milliards de dollars et d’ici 2020, celles-ci pourraient dépasser les 2 billions de dollars. Le Canada a perdu plus d’un demi-million d’emplois dans le secteur manufacturier au cours de la présente récession. Une plus grande part des mesures de stimulation pourrait être axée sur les technologies vertes qui ne recevraient pas seulement un investissement direct maintenant pour stimuler l’économie, mais créeraient également des emplois verts durables qui s’intégreraient à l’économie verte internationale.

Malgré le débat pré-Copenhague aux États-Unis, les Américains adopteront une politique vigoureuse en matière de changement climatique. Que nous soyons d’accord ou non, le Canada devra harmoniser la sienne à celle des États-Unis. Ils établiront un système de plafonnement et d’échange ou, s’ils ne peuvent mettre en place cette législation, un régime de réglementation de l’Environmental Protection Agency (EPA). De toute façon, nous courons le risque que nos exportations rencontrent des obstacles si elles ne respectent pas les normes d’émission des États-Unis, ou de ne pas être prêts pour profiter des possibilités économiques vertes aux États-Unis.

Dans une large mesure, la ligne de pensée des États-Unis sur le changement climatique et la réduction des émissions se concentre sur le développement de la technologie. En fait, les républicains modérés admettent que le changement climatique est un problème, mais s’opposent au système de plafonnement et d’échange en disant que la solution réside dans la technologie. Les Américains comptent sur un large éventail d’initiatives liées aux énergies de remplacement comme les énergies éolienne, solaire, et marémotrice, le biogaz et les centrales au fil de l’eau. Ils considèrent le captage et le stockage du carbone (CSC) comme essentiels au succès et ils augmenteront leur capacité nucléaire. Ils examinent les normes d’efficacité énergétique en cours d’élaboration et ont déjà établi des normes sur les carburants à faible teneur en carbone.

Pour ceux qui affirment que ça ne sert à rien de prendre des mesures avant que les Chinois le fassent, il faut qu’ils sachent que les Chinois changent de ton à l’égard du changement climatique. Ils se heurtent à un énorme problème de pollution atmosphérique; ils veulent une crédibilité internationale; et ils se rendent compte des possibilités sur le plan manufacturier pour leur économie que représentent les nouvelles technologies vertes.

Il est très probable que les États-Unis finiront par adopter un système de plafonnement et d’échange. Ce type de système établit la valeur marchande du carbone qui incite les émetteurs à trouver les technologies vertes les moins coûteuses afin de respecter leur plafond. Un régime d’allocations compensatoires et échangeables, le volet « échange » du système, permettra à ces marchés de trouver leur niveau. Quelle que soit la manière dont le système sera structuré, il donnera lieu à une forte demande de la part des émetteurs à l’égard de façons de respecter leurs plafonds et à une importante initiative afin de mettre au point des technologies pour leur permettre de le faire. Beaucoup d’emplois seront créés et les économies seront de plus en plus axées sur l’investissement et la fabrication écologiques.

Que devons-nous faire pour faciliter le virage du Canada vers une économie verte?

Manifestement, il est essentiel d’établir un mécanisme pour fixer le prix du carbone. Le gouvernement conservateur a dit qu’il mettrait en place un système de plafonnement et d’échange. Puisque les Américains favorisent ce type de système, il serait très difficile pour nous d’en adopter un autre. S’il est vrai que les projets de loi Waxman-Markey et Boxer-Kerry se heurtent à une certaine résistance, le spectre de donner suite à la réglementation de l’EPA si une autre législation échoue a pour effet que les législateurs les plus réfractaires à la lutte aux changements climatiques aux États-Unis commencent à accepter l’idée d’un système de plafonnement et d’échange. Nous devons examiner maintenant la manière dont nous compléterons ce système afin d’être prêts.

Le gouvernement fédéral devrait soutenir davantage le développement du CSC. Il y a un véritable intérêt aux États-Unis, et probablement en Chine, pour collaborer au développement de cette technologie. La Chine compte plus de 500 centrales thermiques alimentées au charbon et aux États-Unis, les centrales de ce type produisent 50 fois plus de gaz à effet de serre que les sables bitumineux. Imaginez le progrès que nous pourrions réaliser sur le plan de la réduction des émissions si nous nous dotions d’une technologie de CSC innovatrice. De plus, il est plus probable que nous y arriverons plus vite et à moindre coût si nous travaillons en collaboration.

Le gouvernement fédéral devrait poursuivre et améliorer les programmes qui soutiennent le développement d’énergies de remplacement. La technologie existe pour que le Canada dépasse le 1 p. 100 d’électricité qu’il produit actuellement à partir de l’énergie éolienne. Nous avons besoin, toutefois, de soutien stratégique pour poursuivre le développement de l’infrastructure de transport et créer un climat d’investissement attrayant pour le secteur éolien. Le programme écoÉNERGIE pour l’électricité renouvelable, qui a établi un encouragement à la production d’un cent par kilowattheure, était un bon début pour intégrer l’énergie éolienne. Or, le programme a déjà engagé tous ses fonds, et le gouvernement, malgré l’importante demande, n’a pas prévu de le renouveler. Étant donné que l’encouragement à la production aux États-Unis est plus élevé d’un cent que ce que le programme canadien épuisé offre, nous perdons des emplois et des investissements au profit des États-Unis.

Au Canada, le niveau de soutien stratégique en matière de technologies vertes a une incidence sur notre capacité à créer de nouveaux emplois et à demeurer concurrentiel dans l’économie mondiale. Il y a un profond argument économique à cet égard. Nos voisins et partenaires commerciaux investissent dans la technologie verte de façon beaucoup plus importante que le Canada et nous devons les imiter; sinon, nous prendrons du retard. Comme les négociations de Copenhague sur les changements climatiques sont imminentes, le Canada doit prendre certains engagements décisifs. Si nous persistons à mettre de l’avant nos mesures timides à l’égard du changement climatique et de la technologie verte, nous manquons d’énormes possibilités économiques pour mettre sur pied une économie dominante du XXIe siècle.


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