Publié par le sénateur Tommy Banks (retraité) le 24 septembre 2007
Sommes-nous sur le point de manquer d’eau? La question peut sembler ridicule, puisque notre pays détient les plus importantes réserves d’eau douce du monde. Nous avons toujours cru que nos approvisionnements en eau étaient purs et illimités. Nous savons maintenant qu’ils ne sont ni l’un ni l’autre.
Le Canada (en particulier, une grande partie de l’Ouest) s’assèche de plus en plus sec d’une année à l’autre. Pourtant, nous n’avons pas affecté les ressources nécessaires à l’évaluation de la réelle gravité de ce problème, de la rapidité avec laquelle la situation évolue et de notre capacité, ou non, de faire quelque chose pour inverser cette tendance.
À qui ces tâches incombent-elles? Au gouvernement fédéral. L’eau est une responsabilité partagée entre les provinces et le Canada, mais traditionnellement, ce sont toujours les gouvernements fédéraux qui ont assuré le leadership (et une grande partie du financement) pour que les scientifiques disposent de ces informations cruciales. Mais depuis environ deux décennies, les gouvernements fédéraux successifs se soustraient à cette responsabilité.
Donc, nous savons qu’un problème se pose dans le domaine de l’eau. Mais nous ne connaissons pas les faits essentiels. Faute de les connaître, nous ne pouvons résoudre le problème.
Toutefois, il y a une chose que nous savons : la gravité du problème est plus grande dans certaines régions du pays que dans d’autres, notamment à proximité de là où nous vivons.
David Schindler, de l’Université de l’Alberta, soutient que c’est dans cette province que la situation est la plus inquiétude, car « en plus d’être une partie extrêmement aride du pays, elle se développe rapidement. »
Certaines régions de l’Alberta perdent chaque année davantage d’eau par évaporation qu’elles n’en reçoivent sous forme de pluie ou de neige. Nous avions l’habitude que la fonte des glaciers comble la différence. Mais ces glaciers sur lesquels nous comptions reculent à un rythme accéléré. Dans certaines régions de l’Alberta, la consommation d’eau est maintenant égale ou supérieure à la reconstitution annuelle des réserves. De plus, l’intensification de l’urbanisation de nombre d’agglomérations exerce de nouvelles pressions sur les terres humides et d’autres sources de capital naturel, ce qui compromet la capacité de la nature de fournir de l’eau pour la vie. Et sans eau, il n’y a pas de vie.
Nous utilisons d’énormes quantités d’eau en Alberta. Chacun sait que nous en utilisons beaucoup pour extraire le pétrole des sables bitumineux; nous en utilisons aussi des volumes faramineux dans l’agriculture, dans l’activité industrielle et dans nos villes et municipalités en expansion.
Il nous faut trouver des moyens d’accroître l’efficacité de notre consommation d’eau et de préserver cette ressource la plus précieuse entre toutes pour le long terme. Il nous faut trouver des moyens de prévenir les affrontements, qui paraissent inévitables, sinon, entre ces intérêts concurrents, et de prévenir l’affrontement entre le présent et l’avenir.
Nous serions tout naturellement portés à penser que nos gouvernements nationaux ont surveillé de près nos approvisionnements en eau pour garantir que ces problèmes ne se posent pas à nous. Eh bien! Ils ne l’ont pas fait et ne le font toujours pas. Les gouvernements fédéraux ont fait fi des avertissements, dans une large mesure. Ils ont abdiqué leur responsabilité de connaître les faits. Donc, nous ne savons tout simplement pas ce qui se passe.
Notre gouvernement n’est pas en mesure de faire rapport aux Canadiens sur l’état des approvisionnements en eau du pays. Renversant. J’ai demandé cette information à de nombreux experts et ils m’ont tous donné la même réponse : le gouvernement n’a pas dégagé les ressources qu’il faut pour bien cartographier nos aquifères, surveiller le débit de nos rivières et ruisseaux, ou pour mesurer les niveaux d’eau dans les lacs. Personne au Canada n’a la moindre idée du véritable état de nos approvisionnements en eau.
En 2005, le Sénat a publié le rapport intitulé L’eau dans l’Ouest : Une source d’inquiétude. Nous espérions que le gouvernement en tiendrait compte, constaterait que nous sommes confrontés à une éventuelle crise de l’eau et verrait que nous avons désespérément besoins d’une surveillance, de mesures et de recherches.
Nos espoirs n’étaient pas fondés.
Il nous faut un leadership d’en haut quant à l’état de l’eau au Canada et il y a longtemps que nous n’en avons pas.
Tommy Banks est un membre libéral du Sénat du Canada.