Publications

Ramenons Omar Khadr au pays

Plus sur...

Partager

Commentaires

Lisez les commentaires sur cette page ou ajoutez-en un.
Publié par le sénateur Roméo Dallaire le 31 mars 2008

Citoyen canadien, Omar Khadr était un enfant soldat de 15 ans lorsqu’il aurait tué un militaire américain dans un échange de feu en Afghanistan. Là doit s’arrêter le débat sur son rapatriement. Que les gouvernements canadiens passés et actuel n’aient pas réussi à obtenir sa libération et son rapatriement en dit long sur l’hypocrisie d’un pays qui se targue de défendre les droits de la personne et de respecter le droit international.

 

C’est au Canada que les enfants soldats qui sont citoyens canadiens doivent subir leur procès en bonne et due forme et, surtout, être rééduqués après avoir été élevés de force dans l’extrémisme et la violence.

 

Tous les détails concernant les activités d’Omar Khadr en Afghanistan et sa capture par les Américains ne font que renforcer l’argument en faveur de son rapatriement. Omar se trouvait dans un fortin pris d’assaut par les forces américaines et a été frappé de deux coups de feu dans la poitrine pendant le raid. Après sa capture, il a été transféré dans l’infâme prison américaine de Bagram où il a été traité en combattant adulte et très probablement maltraité et torturé.

 

Depuis 2002, M. Khadr est interrogé sans relâche au sinistre camp de détention américain de Guantanamo Bay. Après des années d’incarcération, il a été accusé en février 2007 de crimes de guerre et de terrorisme devant un tribunal militaire que l’administration Bush a arbitrairement créé et continue de manipuler. Ce tribunal de fortune admet les déclarations obtenues sous la contrainte et cache des preuves éventuellement disculpatoires. En dépit des protestations internationales, M. Khadr sera le premier enfant soldat à être jugé pour crimes de guerre par un pays occidental, y compris les États-Unis.

 

Le gouvernement conservateur du Canada fait preuve d’un lamentable manque d’esprit de décision et d’efforts dans l’affaire Khadr. Ayant reconnu d’emblée qu’un procès en bonne et due forme était hors de question à Guantanamo, nos autres alliés ont vite plaidé avec succès en faveur de la libération et du rapatriement de leurs ressortissants. M. Khadr est aujourd’hui le seul citoyen d’un pays occidental encore incarcéré à Guantanamo.

 

Même si le Canada n’a pas de système établi à l’égard des enfants soldats, il peut en apprendre beaucoup de pays qui en ont un. Le Rwanda et la Sierra Leone, par exemple, pays que nous qualifions avec condescendance de sous-développés, utilisent à la fois la démobilisation, la justice pénale pour adolescents et la rééducation à l’égard des enfants soldats victimes de mauvais traitements et chargés de commettre des actes innommables.

 

Même en Afghanistan où la guerre bat son plein, des milliers d’anciens enfants soldats sont encadrés par des programmes de rééducation spécialement conçus par l’ONU. Ces programmes ont pour principe que, peu importe ce qu’ils ont fait pendant un conflit, les enfants soldats sont eux-mêmes des victimes incapables de prendre des décisions comme un adulte armé des notions conventionnelles de responsabilité et de culpabilité.

 

Malgré mes questions répétées au Sénat et les protestations de groupes de défense des droits humains au sujet du sort d’Omar Khadr, le gouvernement canadien reste sourd et aveugle à l’évidence. Il ne fait que débiter la même ritournelle : il « fait face à de graves accusations » et il « est traité humainement ».

 

Sur son statut d’enfant soldat, le gouvernement garde un silence scandaleux. Peut-être est-il intimidé par le fait que la présumée victime de Khadr était américaine. Ou peut-être ferme-t-il les yeux sur le sort d’Omar parce qu’il n’aime pas les vues politiques de sa famille. N’est-il pas ironique que le gouvernement ait fait des pieds et des mains pour endiguer l’indignation suscitée par les atteintes possibles aux droits humains des détenus afghans alors qu’il fait fit de ceux de M. Khadr, un Canadien?

 

La position du Canada dans l’affaire Khadr viole l’esprit du protocole de l’ONU sur les enfants soldats et tourne en ridicule les efforts que nous déployons dans d’autres dossiers de droits de la personne.

 

Le récent rapport Manley sur la mission du Canada en Afghanistan observe à juste titre que notre intervention là-bas « confère une dimension concrète à nos valeurs communes » et nous permet de jouer un rôle accru sur la scène mondiale. Si le courage et le professionnalisme de nos soldats en Afghanistan rehaussent bel et bien notre statut de puissance intermédiaire émergente, la façon dont le gouvernement gère d’autres dossiers nuit manifestement à notre crédibilité. Au Darfour, par exemple, nous tournons froidement le dos à notre responsabilité de protéger.

 

La communauté internationale observe tous les faux pas flagrants du Canada sur la scène mondiale et compare soigneusement nos paroles à nos actions. Si nous continuons d’accuser des écarts entre les deux, nous passerons bientôt pour le « méchant petit Canadien » -- hypocrite au sein de la communauté internationale et sans cœur au pays. Dans le cas d’Omar Khadr, nous risquons de passer pour les deux à la fois.

 

- Le lieutenant-général (ret.) Roméo Dallaire est sénateur libéral et ancien commandant de la Mission des Nations Unies pour l'assistance au Rwanda.


Publications récentes

Pourquoi tourner le dos à une occasion en or?

23 avr., 2012 | Par Hill Times | Le Canada se classe au septième rang mondial quant à la superficie de ses sols arables et il est donc on ne peut mieux placé pour profiter du boom des ventes de produits alimentaires. Les Prairies pourraient ainsi devenir l’équivalent économique canadien de la Silicon Valley. Pourtant, malgré toutes ses belles paroles, le gouvernement conservateur est en train de gaspiller cette occasion économique.

La ministre Shea ne parvient pas à expliquer le changement de politique

9 avr., 2012 | Par le sénateur Percy Downe | L’article d’opinion de la ministre du Revenu Gail Shea (The Hill Times, 2 avril 2012) témoigne certainement de sa volonté de mettre en lumière la ligne du parti conservateur sur l’évasion fiscale à l’étranger mais reste muet sur la réaction du gouvernement, ou plutôt, l’absence de réaction de ce dernier, aux révélations qui ont été faites, il y a quatre ans, sur les 1800 canadiens qui détiennent des comptes bancaires secrets au Liechtenstein et en Suisse.

Le gouvernement fédéral impose des coupes tandis que ceux qui profitent des paradis fiscaux s’en tirent

2 avr., 2012 | Par le sénateur Percy Downe | Lorsque ce gouvernement aura fouillé les paradis fiscaux dans le monde, recouvré l’impôt dû et publié les noms des personnes qui y cachent de l’argent, il aura alors le droit de parler de compressions.

Des machines et des hommes

28 févr., 2012 | Par le sénateur Colin Kenny | Ce mois-ci, on a pu lire à la une du National Post que le gouvernement envisageait d’acheter des drones, une demi-douzaine, au moment même où il reconsidère sa coûteuse acquisition de 65 avions de chasse F-35.

C-10 ne menace pas les criminels mais la sécurité des Canadiens

28 févr., 2012 | Par le sénateur James Cowan | Souvenez-vous de cette époque où un Premier ministre canadien parlait de bâtir une « société juste ». Rien de tel de la part de l’actuel gouvernement fédéral, obsédé par la punition, le châtiment et la prison. Et là est le problème. Cette approche ne fonctionne pas. Nous ne réduirons pas la criminalité sur le long terme simplement en mettant plus de gens, plus longtemps, en prison.
« 1 2 3 4 5  ... »