Publié par le sénateur Dennis Dawson le 05 mars 2007
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Le 15 février dernier, le Comité sénatorial permanent des affaires étrangères et du commerce international a déposé son rapport, Surmonter 40 ans d'échec: nouvelle feuille de route pour l'Afrique subsaharienne. Ce rapport se fonde sur la clairvoyance et l'expertise de plus de 400 témoins de l'Amérique du Nord, de l'Europe et de l'Afrique. Il s'inspire également de la sagesse et de la compréhension des membres du Comité. Certains d'entre nous ont voyagé en Afrique et ont été témoins de ce qui se passe dans les pays comme l'Éthiopie, le Kenya, l'Est du Congo, le Nigeria et le Sénégal.
Ce que nous avons pu constater à maintes reprises au cours de nos deux années d'étude, c'est que la planète entière a indéniablement connu un essor économique au cours des 40 dernières années, à l'exception de l'Afrique. De graves erreurs ont de toute évidence été commises par les gouvernements africains et par la communauté internationale.
L'ACDI: au-delà du battage médiatique
A l'examen de tous les programmes mis en place par l'Agence canadienne de développement international (ACDI) au fil des ans, on est porté à croire que ces initiatives, bien que de faible envergure et de courte durée, ont porté des fruits.
Mais si nous examinons plus en profondeur les comptes rendus de ces réalisations, que constatons-nous? Tout organisme a intérêt à examiner les résultats de ses efforts dans leur ensemble. Par exemple, en quoi les 100 millions sur deux ans (2004-2005) que le Canada a versés à l'Organisation mondiale de la santé pour atténuer l'impact de l'épidémie du VIH-sida en Afrique ont-ils contribué à atténuer ce fléau? Quel est l'impact à ce jour du programme du Corps canadien mis en place par le Canada en 2004 pour soutenir les principes de bonne gouvernance en Afrique? Et L'ACDI contribuera-t-elle à différentes initiatives l'année suivante?
Depuis sa création en 1968, l'Agence a dépensé 12,4 milliards de dollars en aide bilatérale à l'Afrique subsaharienne, sans véritablement obtenir de résultats notables ou durables. Le Comité a entendu des témoins dire que l'ACDI était considérée comme l'une des agences d'aide bilatérale parmi les plus lentes dans le monde. Seulement quelque 19 % des employés de l'ACDI travaillent actuellement sur le terrain. Les 81 % qui restent travaillent depuis Ottawa où ils occupent des postes d'autorité pour les programmes de l'Agence.
Les problèmes de l'ACDI ne sont pas le résultat d'un seule politique, initiative ou d'un seul programme malavisés; ils sont systémiques. Onze ministres ont dirigé l'Agence depuis 1989, d'où l'impossibilité de donner une orientation cohérente à ses travaux. Le ministre de l'ACDI est considéré comme un ministre de second rang et, à ce titre, il est tenu d'accepter les politiques en place, plutôt que d'en élaborer de nouvelles. A défaut de changements, les capacités de l'ACDI continueront de se détériorer avec le temps. C'est pourquoi le Comité recommande l'examen de l'avenir de l'Agence.
Que l'ACDI soit restructurée ou non, le rapport recommande que le gouvernement du Canada crée un bureau pour l'Afrique doté de personnel qualifié dans différents domaines, y compris l'aide, le commerce, la sécurité et les affaires étrangères, et dont le mandat principal consistera à développer l'économie de l'Afrique. Au moins 80 % du personnel, des ressources et des autorités financières devraient être décentralisées sur le terrain. Il deviendrait la responsabilité d'un nouveau ministre du Développement international, lequel devrait être membre à part entière du Cabinet fédéral.
Au-delà de l'aide
En plus de la création d'un bureau pour l'Afrique, le Comité recommande que la politique étrangère canadienne, actuellement axée sur l'aide internationale, se consacre davantage à la croissance économique de l'Afrique. Pour y arriver, l'un des plus importants rôles du Canada serait de participer à la création de débouchés commerciaux pour les pays africains.
Le gouvernement du Canada est déjà sur la bonne voie avec son initiative sur l'Accès des pays les moins développés aux marchés, l'une des initiatives les plus importantes jamais entreprises à ce jour dans le monde. Grâce à elle, 34 pays africains ont actuellement accès au marché canadien tout en bénéficiant de la franchise douanière . L'élimination des contraintes commerciales est une mesure d'incitation à investir davantage dans les pays en développement.
Tout comme nous devons apprendre de nos erreurs, nous devons de la même manière miser sur nos succès. C'est pourquoi le Comité recommande que le gouvernement fédéral élargisse la portée de cette initiative à tous les pays à faible revenu de l'Afrique subsaharienne. Cette mesure permettrait à 12 autres pays africains à faible revenu de bénéficier de la libéralisation des échanges. [...] Un autre moyen d'aider les Africains à améliorer par eux-mêmes leur situation consiste à leur donner accès au microcrédit. Les entrepreneurs africains sont souvent freinés parce qu'ils ne peuvent obtenir un financement de base, notamment le crédit nécessaire pour créer une entreprise et l'agrandir. [...]
Avec la création d'un bureau pour l'Afrique, le Canada sera bien placé pour influencer et participer des initiatives comme celles-ci, qui ont fait leurs preuves [...]. Le bureau pour l'Afrique sera une source d'inspiration pour le Canada qui est déterminé à évoluer et à agir en tant que chef de file, avec pragmatisme.