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Nos villes : il est temps d’adopter une vision nationale

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Publié par le sénateur Art Eggleton le 25 novembre 2007

Elles font partie intégrante de la scène locale et sont importantes à l’échelle internationale – pourtant, elles ont toujours été sous financées. Quatre-vingts pourcent des Canadiens y habitent, et elles représentent plus de la moitié de la richesse du pays – pourtant, elles ne sont même pas reconnues officiellement dans les discussions fédérales-provinciales. Elles accueillent environ 90 p. 100 des immigrants qui arrivent dans notre pays – pourtant, elles n’ont pas leur mot à dire dans la politique nationale sur l’immigration.

Il s’agit en l’occurrence des villes canadiennes et du sujet d’une nouvelle étude approfondie du Comité sénatorial permanent des affaires sociales, des sciences et de la technologie.

 

Le Comité se concentrera sur cinq grands aspects des villes :

 

- capacité sociale (qui englobe des questions comme la pauvreté, le logement, l’établissement des immigrants et la criminalité);

 

- infrastructures;

 

- durabilité environnementale;

 

- capacité budgétaire;

 

- développement économique et compétitivité internationale.

 

Même si l’étude portera sur les grandes métropoles ou régions urbaines du Canada, les questions qu’elle traitera concernent aussi les collectivités de toutes les tailles et des quatre coins du pays. En effet, ce qui est frappant, c’est la similarité des problèmes auxquels les collectivités du pays doivent faire face.

 

Même dans la ville très prospère de Calgary, l’infrastructure de transport est mise à rude épreuve, et le coût croissant du logement aggrave le problème des sans-abri. Comme on l’a mentionné dans l’éditorial « Are you being served? », publié dans le Herald du 20 novembre, « le Canada compte 195 policiers par 100 000 habitants. Le Grand Calgary n’en a que 153, ce qui le place au 10e rang au pays, derrière d’autres villes qui lui ressemblent, comme Winnipeg, Toronto, Halifax et Edmonton ».

 

À une époque où nos villes accueillent de plus en plus d’habitants chaque année, les élus municipaux doivent faire un choix : fournir des services essentiels, augmenter les impôts ou simplement ne pas tenir compte des problèmes émergents.

 

Pourquoi cette étude? Et pourquoi maintenant? Bon nombre des problèmes auxquels se heurtent les villes d’aujourd’hui ont fait l’objet de rapports présentés par des universitaires et des organismes non gouvernementaux ainsi que par des gouvernements provinciaux et municipaux, mais aucun comité parlementaire n’a jamais tenté de faire la synthèse des meilleurs ouvrages à ce sujet afin d’élaborer une vision réellement nationale des villes et de leur donner la place qu’elles devraient avoir dans le programme national de politiques publiques.

 

Il est crucial de le faire parce que la prospérité de nos villes déterminera non seulement notre qualité de vie, mais aussi le genre de débouchés économiques que nous pouvons créer.

 

Comme le professeur Richard Florida le souligne à juste titre, « les villes constituent les creusets de compétitivité d’un pays en cette ère de créativité. Elles favorisent les économies d’échelle, permettent la gestation de nouvelles technologies et assortissent le capital humain aux débouchés, les idées aux places et les innovations aux investissements. »

 

Au moment où les frontières tombent et que les économies sont de plus en plus fondées sur les idées et l’innovation, ce ne sont plus que les pays qui se font concurrence pour attirer des talents, les villes le font aussi.

 

Par conséquent, les collectivités qui savent attirer et fidéliser des travailleurs créatifs deviennent non seulement un foyer d’activité économique locale, mais, de fait, des moteurs de prospérité nationale. Comme un rapport récent du Conference Board du Canada l’indiquait si succinctement : «  La prospérité du Canada dépend de celle de ses grandes villes. »

 

Pourtant, notre façon de penser au sujet des villes, de leur rôle dans l’économie et de leur place dans notre fédération continue de s’inspirer du XIXe siècle. Nous les traitons encore comme les « parents pauvres » de notre famille nationale, un élément d’importance secondaire dans les politiques publiques.

 

Le plus souvent, les ressources à leur disposition ne correspondent pas aux responsabilités qu’elles doivent assumer. Nous continuons de proclamer un attachement de pure forme à la prospérité de nos villes au lieu de prendre les mesures visant à la favoriser. Les villes réclament plus de ressources, mais nous ne leur en affectons pas davantage. Et les dommages commencent à paraître.

 

La pauvreté s’installe de plus en plus dans nos grands centres. De 1990 à 1995, le nombre de pauvres habitant les régions métropolitaines s’est accru de plus d’un tiers. En 2005, on comptait plus de 150 000 sans-abri dans nos villes.

 

Les villes fournissent plus que jamais des services sociaux parce que les autres ordres de gouvernement se déchargent de cette responsabilité sur elles. Toutefois, leurs sources de revenu n’ont pas évolué, ni augmenté. Les municipalités comptent encore sur l’impôt foncier pour générer plus de la moitié de leurs recettes.

 

Aux États-Unis, l’impôt foncier représentent moins d’un quart des recettes des villes.

 

Il n’y a que huit pour cent de tous les impôts perçus au pays par les gouvernements qui se retrouvent un jour dans les coffres municipaux. Alors que les surplus fédéraux et provinciaux atteignent des niveaux record, les villes doivent quémander de l’aide.

 

Les infrastructures essentielles, comme les routes, les égouts et les transports en commun, ont grandement besoin d’une mise à niveau.

 

Selon certaines estimations, le « déficit en infrastructures » s’élèverait à plus de 60 milliards de dollars – et augmenterait de 2 milliards de dollars par année. Il faudrait une injection de plus de 20 milliards pour répondre aux seuls besoins en transports publics.

 

Il est donc crucial que nous repensions le rôle des villes dans une société moderne. Il est temps de faire des villes la clé de voûte de nos politiques en matière de compétitivité, afin de comprendre à la fois leurs défis et leur potentiel.

 

Où que nous vivions, la construction de villes qui favorisent l’innovation et attirent le talent devrait être une priorité. Notre qualité de vie et prospérité future en dépendent.

 

Le sénateur Art Eggleton préside le Sous-comité sénatorial sur les villes.


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