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Art Eggleton

L La carrière publique du sénateur Art Eggleton s’étend sur plus de 35 ans, à l’échelon municipal, d’abord à la Ville de Toronto, puis à la Chambre des communes. Il a été nommé au Sénat le 24 mars 2005 par le Très honorable Paul Martin. Il représente la province de l'Ontario.

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Le Canada doit prendre le virage vert en économie

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Publié par le sénateur Grant Mitchell le 19 avril 2010

Malheureusement, il existe au gouvernement une opinion répandue selon laquelle la lutte contre le changement climatique entraînerait nécessairement des difficultés économiques considérables. Cette opinion ne tient pas compte des coûts humains et économiques si l’on ne fait rien pour atténuer le changement climatique. Beaucoup d’économistes et de spécialistes ont aussi fait savoir que les mesures de lutte contre le changement climatique coûteront beaucoup moins cher qu’on le pense, surtout si nous agissons dès aujourd’hui. Nous pourrions réduire l’ampleur d’une foule d’autres problèmes, comme la sécurité énergétique et l’instabilité des cours du pétrole, en repensant notre gestion du carbone et notre consommation d’énergie. Ce ne sont pas les faits concernant le changement climatique qui posent problème; c’est le manque d’imagination quant aux possibilités et aux enjeux.

Alors qu’on ne voit presque aucune action de la part du gouvernement fédéral, des membres du Comité sénatorial permanent de l’énergie, de l’environnement et des ressources naturelles ont assisté dernièrement à la conférence Globe 2010, où ils ont vu un microcosme de ce qui se passe sur la planète en matière d’économie verte. J’y ai moi-même entendu la meilleure raison de lutter dès maintenant contre le changement climatique. Elle peut d’ailleurs être résumée par le fameux « C’est l’économie, idiot » lancé par Bill Clinton pendant la campagne présidentielle.

Heureusement, d’éminentes personnalités du milieu des affaires commencent à s’investir dans l’économie verte. De fait, la conférence n’a pas réuni que des militants écologistes, mais aussi des représentants des grandes banques et des sociétés d’assurances ainsi que des PDG de pétrolières et d’autres compagnies productrices de matières premières. Ces gens d’affaires sont présents sur les marchés du carbone, implantent des programmes d’achat garanti pour les énergies renouvelables, investissent dans la capture et le stockage de CO2 et bâtissent en plein désert une ville fonctionnant à l’énergie solaire. Leur enthousiasme est contagieux. Et il était clair à la conférence qu’ils acceptent la science du changement climatique et estiment qu’il faut, sans tarder, s’attaquer au problème.

D’excellentes occasions économiques se présenteront à mesure que nous restructurerons notre économie pour faire face aux défis du changement climatique et que les éco-industries deviendront plus courantes. On a répété souvent à la conférence que les technologies propres constituent le plus grand segment du capital de risque au monde. Dernièrement, la Banque CIBC a nommé un vice-président, énergie renouvelable, dans sa division des services bancaires de gros. Mais il faut faire plus, et cela implique un virage complet. L’économie « verte », c’est simplement l’économie, et les emplois « verts », ce sont des emplois. Un point, c’est tout. Voilà l’attitude des principaux partenaires et concurrents commerciaux du Canada, et nous perdons du terrain si nous espérons que des changements mineurs et progressifs suffiront.

À Vancouver, où se tenait la conférence, j’ai été frappé par le travail accompli dans le dossier du changement climatique, malgré le manque d’initiative de la part du gouvernement fédéral. Vancouver et la Colombie-Britannique ont d’ailleurs prouvé qu’on peut stimuler l’économie en s’attaquant au problème des émissions de CO2 et en faisant des investissements écologiques. Vancouver cherche à devenir la ville la plus écologique au monde. Elle s’emploie activement à bâtir un centre de technologies propres, semblable au centre des TI de Silicon Valley, et son économie florissante crée de multiples emplois et attire les investissements. Pour les Jeux olympiques d’hiver, elle a construit le quartier le plus vert en Amérique du Nord, le Village olympique. Elle peut aussi compter sur un partenariat très fort avec la province. Celle-ci a eu la bonne idée de fixer le prix du carbone et mettra en place un système de plafonnement et d’échange. BC Hydro travaille à développer son réseau intelligent et à équiper chacun de ses clients d’un compteur d’électricité intelligent. La province rendra le secteur public carboneutre d’ici la fin de l’année et a créé une société d’État, le Pacific Carbon Trust, pour générer les compensations requises pour un million de tonnes d’émissions de carbone par année. Ce projet créera des débouchés pour les entreprises et les agriculteurs de la Colombie-Britannique.

En fixant le prix du carbone, les pouvoirs publics de la ville de Vancouver et de la Colombie-Britannique ont mis en œuvre une politique proactive qui favorise l’innovation et la croissance économique. On entend déjà les détracteurs d’une telle mesure dire qu’il faut « laisser faire les marchés ». C’est tout à fait vrai. Mais les marchés sont faussés parce qu’aucun prix n’a été fixé pour les émissions de carbone, malgré les coûts considérables de leurs méfaits. Il faut que les gouvernements fixent le prix du carbone, par exemple en instaurant un système de plafonnement et d’échange ou en adoptant des mesures incitatives vigoureuses pour favoriser les activités peu polluantes, comme le programme d’achat garanti de l’Ontario. On créera ainsi les économies d’échelle nécessaires pour commercialiser les nouvelles technologies et les appliquer sur grande échelle, ce qui en fera baisser le prix pour les consommateurs. Nous semblons oublier que des gouvernements sont déjà intervenus de façon semblable, tout particulièrement dans le cas des sables bitumineux, où l’extraction du pétrole n’aurait pas été rentable sans des investissements publics importants.

Le gouvernement conservateur estime qu’il faut attendre que les États-Unis adoptent une loi sur le plafonnement et les échanges avant de passer à l’action ici. Mais cela prendra peut-être plusieurs années, et le Canada ne peut pas se permettre de perdre plusieurs années d’expérience formatrice dans le développement de l’économie verte. Même en l’absence d’un tel système, les États-Unis dépensent des sommes importantes en énergie et technologies propres, soit dix-huit fois plus par habitant que nous. La Chine y investit des sommes semblables. De fait, la Chine et les États-Unis ont conclu un accord global de partenariat en matière d’énergie et de technologies propres qui est beaucoup plus substantiel que notre dialogue avec les États-Unis à ce sujet, dialogue qui s’est transformé en monologue. Le Canada peut se vanter d’être une « superpuissance » dans le domaine de l’énergie propre, mais, franchement, il est loin de joindre le geste à la parole.


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